RUINE MORALE
blasphèment et jurent, tiennent des discours scandaleux et ignobles, souillent les plats d'une façon plus que bestiale, brisent les portes et les fenêtres, tirent leurs épées, déchargent leurs pistolets » '. A Eger, les rues sont envahies par des vagabonds, des mendiants ; les jeunes gens battent les bourgeois et cassent leurs vitres, la débauche devient plus crapuleuse malgré la sévérité croissante des peines, les maladies contagieuses se propagent ; l'ignorance et la superstition dépassent toutes les bornes de l'imagination ; les étrangers qu'attirent les sources minérales voisines sont exposés à toutes les vexations, parce qu'on leur reproche de venir réduire la portion déjà si maigre des indigènes ; on les accuse d'enduire les murs d'un onguent jaune qui répand la mort, et on finit par défendre aux hôteliers de les loger sans une autorisation expresse de la municipalité ". Les autorités partagent ces craintes folles et les termes de leurs ordonnances, d'une indécence brutale, prouvent à quel point est universel le mal qu'elles prétendent réprimer.
Plus on serre de près les détails, et plus les plaies laissées par la guerre apparaissent, déplorables. Même les régions les plus favorisées furent très atteintes dans leur richesse et entraînées par la décadence générale. Le naufrage fut peut-être moins complet qu'on ne l'a longtemps admis, en ce sens qu'on sauva quelques épaves, mais le vaisseau avait été rasé par la tempête; il fallait reprendre à pied d'œuvre l'édifice de la grandeur nationale, et pour cette tâche, il ne restait qu'une population anémiée, spoliée de toutes ses épargnes, sans guides et sans traditions. Sur cette pâte molle, les Habsbourgs àcette heure étaient libres d'écrire ce qu'ils voulaient : ils laissèrent passer l'heure et comme accablés par l'effort de leur victoire, ils |n'en tirèrent aucun profit. Ils avaient assassiné un peuple, ils ne réussirent même pas à fonder une monarchie autrichienne.