I. Rézek, Le mouvement religieux populaire en Bohème, p
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cela quitteraient leurs tenures. Dans les villes mêmes, malgré la surveillance continuelle, des suspects ou des tièdes se glissent dans les conseils. — Le tableau est probablement un peu poussé au noir par les Pères qui n'étaient pas fâchés de grossir ainsi leurs victoires futures ; les statistiques officielles évaluent à 200,000, c'est-à-dire au quart de la population, le chiffre des hérétiques de Bohême ; on en compte 5o,ooo dans le cercle de Kralové-Hradets; ils sont très nombreux aussi dans les cercles de Boleslav, de Litomierzitse et dans les régions allemandes de Saatz et d'Ellbogen; dans les centres miniers et les montagnes, tout reste à faire. De 1620 à 16'io, on avait couru au plus pressé, conquis les classes supérieures et les cités les plus importantes ; il s'agit maintenant de reprendre le travail de plus près et de faire une réalité de ce qui n'était souvent encore qu'un programme. Les dix années qui suivent les traités de Westphaliesont remplies par cette sorte d'épilogue du règne de Ferdinand IL Les procédés aussi sont très sensiblement les mêmes : peut-être les abus sont-ils un peu moins nombreux et les violences moins générales; les traits essentiels demeurent, et avant tout l'intervention prépondérante des autorités politiques qui traînent le clergé à la remorque.
Quelques prêtres, d'un fanatisme plus intempérant, recommandèrent du premier coup les moj^ens extrêmes, entre autres Don Juan Caramuel de Lobkovits. Théologien subtil, casuiste pénétrant, mathématicien érudit, Caramuel, que ses partisans appelaient « la merveille du monde », était un de ces enthousiastes que les grandes crises exaltent. Il tenait de son père, qui avait été favori de Rodolphe II et était féru d'astrologie, des tendances mystiques qu'avait développées son séjour en Espagne. Il se regardait comme le soldat de Dieu, dont il avait défendu la cause de toutes les façons et sur tous les champs de bataille : on le choisissait volontiers pour les postes d'avantgarde. Philippe IV, pour reconnaître les services qu'il lui
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avait rendus comme ingénieur contre les Français et les Portugais, l'avait nommé ambassadeur à Vienne. La grâce de sa personne, la souplesse et la verve qui le rendaient propre à toutes les tâches et capable de toutes les résolutions, avaient vite attiré sur lui l'attention d'une cour où les talents et les caractères étaient rares. Ferdinand III le nomma prieur du cloître d'Emmaûs à Prague et directeur général des forteresses de Bohême ; il se distingua pendant le siège de 1648, et l'archevêque, séduit comme tous ceux qui l'approchaient, — peut-être aussi prévenu en sa faveur par leur défiance commune pour les Jésuites, — lui confia la haute direction du clergé bohème '. Cet Espagnol, qu'irritaient les lenteurs débonnaires des conseillers viennois, arracha aux gouverneurs de Bohême la terrible ordonnance du i®"" février i65o : tous ceux qui ne se convertiraient pas avant six semaines, devraient quitter le royaume; les hérétiques obstinés seraient punis par des exécutions militaires, la confiscation ou la mort; des peines rigoureuses menaçaient ceux qui donneraient asile aux proscrits. Quelques seigneurs voulurent appliquer ces rigueurs; les paysans, brusquement tirés de leur quiétude relative, résistèrent : des émeutes éclatèrent, surtout l'émigration prit des proportions redoutables. Les nobles se plaignirent au roi qui, peu satisfait de cette sorte de coup d'état, suspendit l'ordonnance.
Les principes de Caramuel n'étaient contestés par personne et, pas plus dans la « Conférence de confiance », où siégeaient les membres les plus autorisés du clergé, que dans la diète, personne ne nia que, « de l'avis des meilleurs théologiens, la peine de mort ne pût être employée contre les hérétiques ». Pourquoi seulement procéder avec tant de précipitation et de fracas? Les Jésuites étaient sûrs maintenant d'avoir du temps devant eux et ils n'avaient aucun intérêt à brusquer un dénouement certain ; il n'est
I. Frochazka, De saecularibus liber, artium in Bohemia fatis, 1782. — Encyclopédie d'Otto.
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pas défendu de penser aussi que, depuis qu'ils étaient devenus de riches propriétaires, ils comprenaient l'avantage de ne pas pousser à bout leurs cultivateurs; il n'est que juste d'ajouter qu'ils préféraient devoir leurs succès à leur seule éloquence plutôt qu'à l'intervention du pouvoir temporel.
Sur ce point, ils se rencontraient avec Harrach, et les instructions que l'archevêque donnait aux missionnaires étaient inspirées par les sentiments les plus généreux. — « Rappelez-vous la valeur des âmes, môme quand elles sont dans l'erreur, et n'oubliez pas que le Christ a daigné les racheter de son sang. Recommandez-les au Seigneur, en particulier dans vos prières, et au moment du sacrifice, pour qu'il ouvre leur cœur à la lumière. Quand vous vous rencontrerez avec des hérétiques, traitez-les comme des pères et comme des frères, montrez-leur de l'humilité et de la patience, pour qu'ils comprennent que toutes nos actions ont leur source dans notre désir d'assurer leur salut. Que vos discours soient inspirés par la sagesse et la modération, ne vous laissez pas emporter dans vos paroles par une ardeur imprudente; que vos actes soient discrets et modestes, que votre conduite soit pieuse, attirez les âmes à notre Sainte Religion par une bonne conscience et l'exemple de votre vie. » Parmi les hommes à qui s'adressait Harrach, bien peu étaient en état de comprendre ses intentions, et d'ailleurs elles étaient viciées par l'erreur fondamentale du système : l'archevêque, quelque bienveillant qu'il fût, admettait qu'en dernier ressort, les résistances devaient s'incliner devant la volonté de l'Eglise, et il était ainsi condamné à subir le concours des autorités laïques, c'est-à-dire à accepter leur direction.
Le crime essentiel des inspirateurs de la Restauration catholique, et avant tout des Jésuites, qui en avaient conçu l'idée, tracé le plan et conduit l'exécution, avait été de faire appel dans des questions de conscience à la puissance séculière; ils avaient ainsi accepté une solidarité dont il leur était désormais impossible de se déga-