‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 133 sur 325 · LE CLERGÉ SÉCULIER · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ SÉCULIER

infimes serviteurs le chapelain qu'ils nomment à leur gré et qu'ils congédient sans façon : — « Tel est leur mépris pour le clergé, lisons-nous dans le rapport d'un vicairegénéral (1652), qu'ils n'hésitent pas à dire : mieux vaut un laboureur qu'un curé. Les prêtres sont les esclaves des patrons, doivent leur faire des présents : pour leur anniversaire, à Noël, leur meilleur vin, le quart d'un bœuf; le seigneur répond au don d'un éléphant par celui d'un mouchoir, envoie un lièvre. Il emploie à sa guise l'argent qui appartiendrait à l'église; il en rend compte ensuite, — à qui? — Ici à Dieu et là à personne. Le prêtre n'a qu'à s'incliner, en vertu du proverbe : qui veut la paix se tait. On sonne la messe : le patron se fait parfois attendre jusqu'à midi, les paysans s'en vont. Si le prêtre essaie quelques observations, le seigneur s'emporte, demande son éloignement, et le pauvre diable, pour être tranquille, doit hurler avec les loups '. » — Les intendants rognent par tous les moyens les revenus de ces misérables hères, déjà réduits à la portion congrue; dans certains cas, le titulaire, à peine nommé, est obligé d'abandonner son poste, parce qu'on ne tient pas les promesses qu'on lui a faites et qu'il n'aurait d'autre ressource que de mourir littéralement de faim. Aucune sécurité. L'excès de la misère étouffe toute dignité. Les paysans, ruinés, souvent hostiles, refusent la dîme, marchandent le prix des cérémonies ecclésiastiques ; le prêtre exaspéré défend ses droits avec une âpreté sordide et compromet son caractère dans ces conflits mesquins.

Les desserv^ants partagent les vices de leurs paroissiens. Un des premiers soins de Harrach avait été de fonder un séminaire à Prague. Ses domaines sont ruinés et ses revenus médiocres ; aussi, pendant longtemps, il n'accepte que de rares élèves; ils arrivent ne sachant rien et ils ne rapportent de leur séjour à Prague qu'une culture superficielle: elle suffit, d'ailleurs, pour éveiller leur vanité, ils refusent

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