LE CLERGÉ SÉCULIER
les cures de campagne, réclament des postes de choix. Il ne reste pour la plupart des villages que des candidats suspects, qui ont essayé un peu de tous les métiers. Harrach s'efforce de rétablir quelque discipline : il éloigne les aventuriers, exige de ses prêtres qu'ils soient tonsurés, qu'ils soient vêtus convenablement ; il hésite devant des condamnations, les coupables sont trop nombreux, et l'on dit communément dans le peuple que les Luthériens ont bien raison de permettre aux prêtres de se marier et que l'Église le reconnaît elle-même en conservant dans son sein ceux qui mènent une vie scandaleuse. Les curés sont si ignorants qu'ils ne sont pas en état de distinguer un hérétique d'un orthodoxe; presque aucun d'eux n'est capable de prêcher, tout au plus savent-ils lire en chaire une allocution, si maladroitement que personne ne comprend. Ils fréquentent les bals et scandalisent leurs paroissiens par leur tenue. Un mandement de 1676 leur interdit de se mêler aux danses profanes, et les défenses, sans cesse renouvelées, ne produisent aucun effet '. On se plaint surtout des étrangers et en particulier des Polonais : quelquesuns après vingt ans de séjour, ne savent ni le tchèque ni l'allemand. Les successeurs de Harrach, Sobek de Bilenberk ou Frédéric de Waldstein (1675-1694) usent leur vie dans les mêmes efforts impuissants. Frédéric de Waldstein est un prélat de haute vertu, presque un saint, et cependant la situation ne s'améliore guère; où il a échoué, qui donc réussira?
Toutes les fois aussi qu'il surgit une tâche un peu difficile, quand il faut, par exemple, poursuivre l'hérésie dans ses derniers retranchements ou ramener réellement au catholicisme les paroisses dont l'adhésion n'est encore que nominale, les évêques appellent à leur secours des auxiliaires extraordinaires. La domination catholique en Bohême au xvn^ siècle repose non pas sur le clergé séculier, mais sur les Ordres monastiques, et avant tout sur les