‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 136 sur 325 · I. Grùnhagen, Gcsch. Schlesiens, II, p. 33j · texte numérisé non relu

I. Grùnhagen, Gcsch. Schlesiens, II, p. 33j

eux et la pensée moderne est si profond qu'ils ne comprennent même plus le sens des objections qu'on leur présente. Quand on les accuse d'immoralité, ils étalent avec orgueil la liste de leurs martyrs ou parlent des admirables vertus qui se sont développées à l'ombre de leurs maisons, et, si on leur reproche d'avoir voulu arrêter les progrès de rhumanité, ils dressent un imposant catalogue d'historiens ou d'astronomes. — La question n'est pas là. — L'homme apporte sur la terre, avec la liberté, le droit de chercher la vérité et le devoir de diriger lui-même sa conscience : ils ne voient dans cette liberté qu'un piège et, par tous les moyens, ils travaillent à amener leurs disciples à y renoncer. Ils mutilent ainsi la créature de Dieu et la ravalent à une condition inférieure. Personne ne les soupçonne d'avoir eu contre le peuple tchèque de mauvais desseins et il est parfaitement vrai qu'ils n'ont haï que l'hérésie. Seulement ils ont voulu extirper jusqu'au germe d'une erreur possible, et, pour cela, ils ont supprimé les sources mêmes de la pensée et les conditions de la vie; ils ont anéanti la responsabilité personnelle en exigeant de leurs pénitents qu'ils leur confient la direction de leur salut. Ce sont des intendants qui réclament un blanc-seing et ils sont en cela fidèles à leur maître, qui a fondé avant tout la Compagnie sur l'obéissance : comment aurait-elle donné à ses élèves les qualités que son but essentiel était de tuer dans ses membres ! Ainsi s'explique que leur entente avec les Habsbourgs ait été si complète et si durable : leur méthode de gouvernement et leur idéal sont semblables, ils détestent d'une égale haine dans chaque initiative individuelle une chance de révolte, et de même aussi que, sous les Habsbourgs, la Bohême cesse d'avoir une vie nationale indépendante et verse son sang et son or pour des fins qui lui sont étrangères, ils placent en dehors de l'homme — au-dessus de lui, si l'on veut, mais le résultat n'est pas différent, — les mobiles de sa vie morale.

Une femme hérétique refusait d'écouter les arguments d'un Jésuite : « je n'ajouterai qu'un mot, lui dit-il, si la reli-

gion que je veux faire pénétrer en vous n'est pas la véritable, je consens, ici même, sur le champ, a être précipité dans les enfers » : le trait qu'une main charitable avait jeté dans le cœur de la malheureuse y demeura; elle repoussa encore toutes les tentatives de son très illustre mari, qui avait été amené à la véritable foi, mais abattue subitement par la fièvre, elle sentit se rouvrir sa blessure, et fit appeler aussitôt un religieux : « Me promets-tu. Père, ce que m'a promis ce Jésuite à mon passage à Prague, que si la religion catholique devait être pour moi une cause de damnation, tu serais prêt à descendre dans l'Enfer à ma place? » Il promit, elle crut, — et à tous les points de vue elle fit une excellente affaire, car elle commença à aller mieux '. — Trait admirable vraiment et où éclatent la sincérité du missionnaire et sa charité. Combien triste cependant est le jour que jettent de pareils dévouements sur la conception morale de l'Ordre et de quelle sinistre lueur ils éclairent sa politique de marchandage et de candide dépravation !

Une des preuves de repentir qu'on exige des nouveaux convertis, c'est de trahir leurs anciens coreligionnaires, de révéler le nom des pasteurs qui rôdent dans les environs, d'indiquer le lieu des assemblées. Les lois de l'honneur et de la probité fléchissent quand il s'agit d'assurer un triomphe matériel de l'Église; les liens de la famille se brisent, la délation n'est pas seulement licite, elle est sainte. Deux enfants, élèves des Jésuites et convertis par eux, dînent un vendredi chez leurs parents, qui n'avaient pas renoncé à l'hérésie. — Tu ne devrais pas manger de la viande, dit le cadet à son frère. — J'ai seulement pris un os et je fais semblant de manger. — C'est encore pis ; tu rougis donc de notre foi. — De là, querelle : je le dirai au Révérend Père, et il sort en courant. — L'aîné s'effraie : quelle honte pour moi s'il révèle ma faiblesse! Je serai peut-être renvoyé de la confrérie de Marie, et, prenant à

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