Progressus, p
peine le temps de faire sa prière, il revient en grande hâte au collège pour essayer de se justifier. Trop tard, sa faute était connue. L'humiliation servit et le vendredi suivant, il ne mangea plus de viande. Et c'est Tidéal qu'on présentait aux adolescents ' !
On leur enseigne que la religion est avant tout un ensemble d'oraisons et de pratiques : pourvu que les mains se joignent, que les lèvres marmonnent l'Ave, que les genoux plient devant l'image miraculeuse, qu'importe que tous les sentiments humains soient outragés, que la zizanie soit jetée dans les familles, que le père et la mère mourants soient torturés par l'atroce douleur de sentir autour de leur lit d'agonie le jugement impit03^able de leur enfant qui les condamne! Un jeune compagnon de Marie apprend que son père est gravement malade : il part aussitôt et, pendant tout le voyage, il adresse à Dieu d'ardentes supplications : qu'il sauve l'âme du pécheur, et même qu'il lui rende la santé, si telle est sa volonté. Il s'assied près du lit de son père et lui demande de se convertir à la vraie foi : mais les vieillards ne se laissent pas volontiers convertir par leurs enfants. — Récitez au moins un Ave Maria. — Je ne le sais pas et j'ai si mal à la tête. — C'est très court et vous l'apprendrez facilement. — Ce n'est pas le moment d'apprendre. — Père, je t'en prie, rien qu'un Ave, le danger presse. — Alors une confiance extraordinaire descend dans son cœur; il lui semblait que la Mère de Dieu devait venir à son aide. Comment aurait-elle pu résister, et le malade aussi '!
Il faut tout dire : chez la plupart pas ombre d'hypocrisie; seules les convictions sincères sont capables de ces insistances féroces. Ces jeunes énergumènes accueillent la mort avec une admirable sérénité : je suis de la confrérie de la Vierge, dit le jeune Chanovsky, jamais je n'ai oublié Marie,