‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 138 sur 325 · Svoboda, II, p, igS · texte numérisé non relu

Svoboda, II, p, igS

2. Je veux dire ne pas devenir catholique, car il guérit. En général, les Jésuites préfèrent sauver à la fois Tâme et le corps ; c'est d'un meilleur exemple. Svoboda, II, p. iqS.

elle ne m'abandonnera pas. — Maman, maman, dit un jeune apprenti qui, le soir, a reçu l'extrême onction, habillemoi, la Vierge Marie va venir, apporte-moi mes habits du dimanche. — On l'habille, on le met dans un fauteuil, les grains du rosaire glissaient entre ses mains mourantes : tout à coup, il s'arrête, son visage se transfigure, ses lèvres s'agitent, il tend les mains vers une vision radieuse : ses parents se précipitent vers lui, il était mort. Malheureusement, à côté de ces illuminés, combien ne cherchent qu'à tricher le Seigneur et tombent dans le fétichisme le plus grossier : la faute première n'en revient-elle pas aux maîtres qui matérialisent la religion et, pour augmenter la liste annuelle de leurs conquêtes, exploitent les vices les plus bas, la cupidité, l'ambition et la peur?

Les vieillards ainsi, ou les condamnés, sont une proie toute désignée. Un vieillard de quatre-vingt-dix ans, qui jusqu'au dernier jour avait simulé l'idiotie pour échapper aux convertisseurs, est sauvé au lit de mort par « l'industrie des nôtres que rien ne lasse ». — Une pauvre créature suivait une bande de voleurs et avait donné de tels exemples d'énergie qu'ils l'avaient admise aux épreuves : elle enleva à un de ses compagnons une bourse qu'il tenait dans sa main, passa quatre fois sur une corde tendue d'un arbre à l'autre; la cinquième fois, elle tomba, ne fut pas exclue cependant, parce qu'il faut bien passer quelque chose à la débilité du sexe; elle grimpa jusqu'au sommet d'un pin, et coupa la plus haute tige en chantant : je ne crains pas les tourments du bourreau, ni le fer, ni les fourches, ni les épées, ni les- roues. Le capitaine des voleurs lui ordonna d'assassiner une femme, de lui arracher l'enfant qu'elle portait dans ses entrailles et d'en dévorer le cœur tout saignant. — Hélas! le remède fut insuffisant pour la protéger contre « la débilité de son sexe ». Quelque temps après, enceinte, elle entrait en condition. Elle manqua de patience, essaya d'assassiner sa maîtresse, fut condamnée à mort. Les Jésuites accoururent, la ramenèrent à de meilleurs sentiments; il ne semble pas malgré

tout que leur grâce ait été très efficace : elle remplissait la ville de ses hurlements affreux, ils obtinrent du moins qu'on adoucît son supplice, et ils renvoyèrent « bien disposée, de la roue où elle avait été attachée encore vivante, dans le cercle de l'éternité ' ». — Une femme qui avait vainement essa3'é de convertir son mari, l'engage dans une affaire de contrebande et s'arrange pour qu'il soit -pris : « il préféra se faire catholique que de payer l'amende, et depuis lors il fut le modèle de sa commune et le gardien tenace de sa foi nouvelle ;> ; cependant les Pères, jugèrent inutile « de lui révéler le zèle de sa femme et les pieuses embûches dans lesquelles il avait été enveloppé ».

Les exorcismes jouent un grand rôle dans le prestige qu'ils conquièrent. Jamais peut-être, même au mo3^en âge, le Malin n'a tendu plus de pièges à l'homme, ne s'est mêlé aussi activement à la vie de tous les jours : les Jésuites connaissent ses ruses et éventent ses pièges; le démon a beau se débattre, prendre les formes les plus diverses, ils le démasquent et il est bien obligé de s'enfuir devant leurs conjurations : l'eau d'Ignace surtout est souveraine contre les possédés. — Un soldat avait, sous forme de mouche, un démon domestique qui le servait et le rendait invulnérable. Quand il commença à vieillir, il prit peur, essaya de se débarrasser de son génie compromettant, de le noyer, de le brûler,de le céder à un de ses compagnons : de guerre lasse, il s'adressa aux Jésuites qui le convertirent et lui rendirent la tranquillité. — Un autre soldat avait acheté d'un sorcier un démon qu'il tenait enfermé dans un verre et à qui il avait vendu son âme, à condition qu'il le servirait pendant sept ans; c'était un petit être noir qui remplissait consciencieusement le traité : son maître s'étant fait mettre en prison à Hambourg, il le transporta à quelques lieues de là. Cependant les sept années étaient sur le point de se terminer et le soldat fut pris d'une horrible

I. « Bene dispositam a rota, cui vivens adhuc implicata fuit, misimus ad circulum aeternitatis. » Progressus, p. 249.

épouvante : on le guérit avec des amulettes, et on le ramena à la vraie foi avec trois ou quatre de ses compagnons. — Un luthérien, qui avait de même vendu son âme au Diable, était torturé par de telles angoisses qu'une nuit il essaya de se tuer, n'y réussit pas : sa femme, réveillée par ses gémissements, s'efforce sans grand succès de le soulager. De grand matin, un des Pères jésuites rencontre un jeune enfant, peut-être un ange, qui lui raconte l'aventure : il accourt, trouve le blessé dans un tel état de rage que personne n'osait approcher de son lit. Le prêtre s'agenouille, se fait apporter des charbons ardents, ordonne au luthérien d'approcher la main de ce brasier, et comme l'hérétique la retire vivement : comment, lui dit-il, oses-tu t'exposer à des flammes éternelles, alors que tu ne peux supporter une brûlure d'un moment ! — Mais est-il encore temps d'obtenir mon pardon? Le prêtre le promit, chassa le démon. La femme pleurait en voyant la puissance de cette religion qui dompte les cœur les plus rebelles. — Leur supériorité d'exorcistes sur les pasteurs luthériens leur amène quelques recrues, la faveur spéciale aussi que leur montre la Vierge qui souvent intervient directement pour ouvrir les cœurs. A Chlouknov, une femme aveugle et muette retrouve la vue et la parole, dès que la voix d'un Jésuite lui a révélé la lumière de la foi '.

Il y a, dans ce gain, beaucoup de déchet, et plus d'un escroc parmi ces pénitents ; les Jésuites s'en doutaient bien et, si un contrôle était possible, on relèverait dans leurs listes plus d'un double emploi. Qu'importe? tout cela fait nombre, les imaginations restent frappées, les anciens fidèles en deviennent plus sûrs, leur piété plus généreuse. C'est un des préceptes de Loyola de ne négliger aucun détail, d'apporter le même soin aux affaires secondaires et aux questions les plus graves. Le dévouement des Pères ne dédaigne pas les plus minces profits ; il ne s'y épuise pas.

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