LE CATHOLICISME BOHÊME 28 I
de la foi. Le credo n'est plus qu'une succession de formules magiques, la religion une suite de cérémonies vides, la morale un assemblage incohérent de calculs égoïstes ou de pratiques ridicules ; la science se résume dans une scolastique vaine et creuse et l'art s'abaisse à des moyens de réclame. La seule préoccupation des moines est qu'aucune voix ne trouble le silence, et, pendant qu'ils psalmodient leur messe basse, le peuple hypnotisé répète pieusement : Amen. — C'est le triomphe et c'est la mort. « L'État n'accomplit pas les fonctions de l'esprit », a dit un grand catholique. Les Jésuites, en contractant avec le pouvoir temporel une alliance simoniaque, n'ont pas seulement déshonoré leur victoire, ils ont avili leurs vertus. Après avoir supprimé la vieille civilisation bohème, ils ont été incapables de rien créer en échange. Il 3^ avait dans leurs rangs nombre d'hommes de science et de cœur, animés d'un patriotisme sincère : ils n'ont rien fait ni pour le peuple qu'ils aimaient, ni pour la patrie dont ils pleuraient la ruine, ni pour la science qu'ils honoraient. Tant que la Compagnie a conservé son autorité, tout progrès réel est demeuré impossible et une époque nouvelle n'a commencé que le jour où l'Ordre a disparu.