AUTONOMIE DE LA BOHÊME
minations des diètes et qu'ils sentissent le besoin de disposer plus librement des ressources de leurs royaumes, ils ne parvinrent qu'après une série infinie de tâtonnements, — et encore très imparfaitement, — à substituer leur gouvernement à celui de la noblesse.
Leurs hésitations et leurs omissions furent avantageuses à la nationalité tchèque. Au lendemain de la guerre, le peuple de Bohême était une pâte molle qu'une main experte aurait façonnée à sa guise. Les Habsbourgs ne comprirent pas la nécessité de s'attacher la masse de leurs sujets par des services décisifs, et leur autorité, incertaine et improductive, ne se manifesta le plus souvent que par les charges qu'elle imposa; ils ne créèrent ainsi aucune tradition nouvelle, ne suscitèrent aucun patriotisme collectif et laissèrent la place libre au réveil national. S'ils favorisèrent l'élément germanique, dont le développement était lié avec celui-même des administrations centrales, ils n'y apportèrent aucune passion et presque aucun calcul et, jusqu'à Joseph II, ils ne désirèrent pas une fusion trop intime avec leurs voisins. D'abord, ils redoutaient l'infiltration des doctrines protestantes; puis l'affaiblissement de leur situation en Allemagne leur imposait beaucoup de prudence. Il n'était pas sûr qu'à un moment donné la couronne impériale ne leur échapperait pas et il fallait, dans cette éventualité, qu'ils n'eussent pas à redouter dans leurs domaines immédiats l'intervention d'un rival victorieux. Ils maintinrent donc avec une vigilance constante l'autonomie de leurs états. C'est justement une des raisons qui expliquent l'échec des tentatives qui eurent pour objet de les écarter de l'Empire : le patriotisme germanique, obscurci mais non éteint, sentait que le seul moyen d'éviter une sécession de l'Autriche, était de conserver aux Habsbourgs leur situation prépondérante. Ceux-ci n'avaient doncaucune raison pour se départir d'une réserve qui leur rapportait de très sérieux avantages.
Quelle qu'eût pu être la situation juridique de la Bohême au moyen âge, — ce qu'il n'est pas le lieu ici de discuter