‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 149 sur 325 · AUTONOMIE DE LA BOHÊME · texte numérisé non relu

AUTONOMIE DE LA BOHÊME

et ce qui importe peu, — tout souvenir de dépendance extérieure était effacé au xv!*" siècle et Ferdinand I" avait proclamé avec une franchise catégorique l'autonomie de la couronne de Saint-Venceslas '. Au xvn" siècle, l'Allemagne n'essaya même pas de relever des droits qui n'avaient jamais été clairement établis et qui dans tous les cas étaient périmés. La Silésie même, dont la condition eût plus facilement prêté matière à discussion, bénéficia des franchises du royaume auquel elle avait été rattachée, puisque, au moment de la conquête prussienne, elle fut cédée à Frédéric II en toute souveraineté et que le traité ne fait aucune allusion à une suzeraineté de l'Allemagne. Pendant toute la période de l'histoire moderne, les Empereurs n'exercent aucun droit régalien en Bohême, et, si le royaume tchèque ne cesse pas d'être considéré comme faisant partie de l'Allemagne, ce n'est plus là qu'une de ces traditions légendaires qui ne répondent à aucune réalité et qui ont leur source dans l'antique conception œcuménique du pouvoir impérial.

Il eût été paradoxal de reconnaître vis-à-vis de l'étranger l'indépendance de la couronne tchèque et de la contester dans la politique intérieure. Aucune tentative ne se produisit dans ce sens, et les états de l'héritage de Saint-Venceslas constituèrent sans conteste comme auparavant un royaume distinct, indivisible et souverain; aucune partie n'en fut jamais aliénée sans l'autorisation de la diète, dont le prince reconnaissait ainsi la co-propriété; c'était un fidéicommis dont le monarque n'avait que l'administration, et dont le peuple bohème était le maître essentiel. Dans une certaine mesure même, les victoires des Habsbourgs scellèrent plus fortement l'unité du royaume, en rattachant à l'ensemble certains districts qui, comme ceux d'Ellbogen, de Glatz et d'Eger, vivaient jusqu'alors à l'écart, et, s'il est vrai que les princes tendirent nécessaire-

I. C'est ce que reconnaît Bachmann lui-mônie, qui n'est certes pas suspect en pareille matière (Deutsche Arbeit in Boehmen, p. 94).

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ment à supprimer dans la réalité les barrières qu'ils respectaient en droit, les modifications administratives qu'ils introduisirent n'eurent jusqu'à Marie-Thérèse aucune importance au point de vue du droit d'état.

Ferdinand III (lôSy-iôSy) n'avait jamais songé à des réformes radicales. Fort occupé à assurer à ses fils la succession de ses diverses couronnes et à surveiller les intentions du roi de Suède, Charles-Gustave, qui, maître en i656 de la Pologne presque entière, menaçait la Silésie, il n'avait ni la santé solide ni la volonté implacable qu'eût exigées même alors une transformation complète de la monarchie; il avait une tendre affection pour Slavata, qui, rassasié d'honneurs et de jours, ne se rappelait pas sans remords les catastrophes par lesquelles avait été achetée la défaite de l'hérésie et qui ne poussait certainement pas son maître aux conseils violents. D'ailleurs, la tâche était suffisante de rétablir quelque ordre et quelque sécurité. On tenta de réprimer le brigandage, de débrouiller le chaos financier au milieu duquel se débattaient l'état, les communes et les particuliers, de repeupler les villages déserts. Le résultat de toutes ces mesures, de valeur diverse, fut très faible, d'abord parce que la misère était trop profonde et que les meilleures intentions ne suffisaient pas pour reconstituer le capital disparu, ensuite parce que les circonstances ne permettaient guère de réduire sérieusement les impôts, ce qui eût été cependant le moyen le plus efficace pour restaurer la confiance et l'esprit d'entreprise, enfin parce que les réformes se heurtaient à la négligence ou à la corruption des employés royaux qui, pendant la guerre, avaient peu à peu échappé à l'autorité du souverain.

Ferdinand III avait essayé de remédier à quelques-uns des abus les plus graves en substituant à la diète, qui avait la répartition et la perception de l'impôt foncier, et à la Chambre royale ', qui, fondée pour représenter les inté-

I. Je rappelle que Ion désigne sous le nom de Chambre, le collège royal

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