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une idée, tenir la main à ce qu'une réforme soit exécutée, écarter les obstacles qu'elle rencontre? Léopold n'a jamais que des velléités d'organisation. Pour transformer ses états en une monarchie unie et centralisée, pour substituer une bureaucratie royale à l'administration féodale, il faudrait une constance autrement solide et une volonté mieux trempée.
II hésite entre les hommes comme entre les systèmes, lia grandi dans des habitudes de piété étroite; il a eu deux jésuites pour professeurs et il fait volontiers appel aux services des membres de la Compagnie. Le Père Wolf apporte au camp de Caprara les mandats d'exécution contre les rebelles hongrois ; les généraux recourent à l'intervention du Père Bischoff, le confesseur du fils de l'Empereur, ou du Père Menegatti, le directeur de Léopold, — « J'y ai rencontré le prince de Savoie, écrit le correspondant du margrave de Bade, qui m'a dit que c'était le seul homme par lequel on pouvait quelquefois faire prendre une résolution par l'Empereur '. » — Ce sont le plus souvent des conseillers prudents, qui n'aiment pas les bouleversements et, satisfaits de leur situation, n'éprouvent pas le besoin de substituer un régime nouveau à celui dont ils tirent de si larges profits.
Parmi les laïques, quelques-uns auraient des visées plus ambitieuses : le prince Lobkovits, actif, spirituel, grand admirateur de la France avec laquelle il désire un rapprochement, le précurseur prématuré de Kaunits, est un adver-
I. Il est regrettable que les historiens catholiques s'obstinent à nier des faits évidents et, d'ailleurs, en soi parfaitement légitimes. Si le confesseur d'un prince, d'un prélat ou d'un autre seigneur, écrit Busenbaum, sait que son pénitent n'accomplit pas ses devoirs, en particulier pour le gouvernement de ses sujets, il est tenu de l'avertir; sans cela et s'il lui donne l'absolution, il prend lui-même la responsabilité de son péché, et, un aveugle conduisant un aveugle, ils tombent ensemble dans la fosse de l'enfer. — Nous avons la preuve que les meilleurs obéissent à ces prescriptions, imposent aux nobles qu'ils dirigent certaines règles d'administration. (V. le Mémoire du Jésuite De la Haye, dans le Viestnik de 1893, p. 19). Je suis tout prêt à reconnaître que cette influence s'est souvent exercée dans le sens de la justice et de la pitié ; seulement il est puéril d'aflîrmcr d'une part que cette action a été toujours bonne et de l'autre qu'elle ne s'est pas produite.
AUTONOMIE DE LA BOHÊME 2gS
saire décidé des États et un partisan de la centralisation; Hocher, qui fut chancelier de 1667 à i683, âpre au travail, est un de ces juristes d'origine bourgeoise qui poursuivent une revanche personnelle dans rabaissement de la noblesse et « les conseils qu'il souffle à son maître tendent à la monarchie absolue » (Pufendorf). Ils ne sont pas isolés et une tradition commence à se constituer dans ce sens : « J'affirme, écrit le vice-président de la Chambre aulique, Jœrger, que les pays n'appartiennent pas aux pays, mais à Votre Majesté; j'affirme que, même si on veut considérer dans Votre Majesté non pas le maître, mais le père, elle a le devoir de ne pas laisser périr ses enfants, contre leur volonté s'il le faut » ; il en déduit que l'Empereur seul doit fixer les impôts, et procéder avec rigueur contre les récalcitrants, sans distinction de naissance '. Le plus souvent ces novateurs s'en tiennent à des déclarations de principes, ne présentent aucun programme précis ; plusieurs sont étrangers, connaissent mal le détail des affaires; ils sont gênés par la prodigalité du souverain, qui, toujours à court d'argent, achète des diètes par des reculades quelques taxes supplémentaires, par les tergiversations de la cour, par les résistances des Magyars contre lesquels se porte leur principal effort et qui sont en insurrection pendant presque tout le règne. En 1681, Léopold, après avoir voulu établir son gouvernement absolu en Hongrie, est obligé de convoquer une diète « pour rétablir la liberté du royaume », et il reconnaît l'autonomie absolue de la couronne de Saint-Etienne : l'épreuve était certainement peu encourageante.
Ce serait de beaucoup dépasser la mesure que de prétendre qu'à ce moment l'individualité politique de la Bohême est aussi nettement accentuée que celle de la Hongrie, et déjà apparaissent clairement les différences qui aboutiront au dualisme contemporain. Au point de vue juridique, la situation des deux pays n'est pas très diffé-