I. Bidermann, I, p
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rente, elle l'est beaucoup plus dans le domaine des faits. Il convient cependant de ne rien exagérer en sens inverse : si les relations entre les pays de la couronne de Bohême et les provinces autrichiennes proprement dites sont fréquentes, si les intérêts communs sont nombreux et le rapprochement visible, il n'est pas le moins du monde question encore de fusion. Les affaires de Bohême ne sont pas traitées à Vienne comme des affaires étrangères, ainsi qu'il arrive pour la Hongrie ; elles ne sont pas davantage traitées comme des affaires communes de la monarchie. « Le groupe autrichien et le groupe bohème nous apparaissent comme des territoires administratifs distincts et isolés l'un de l'autre ; des lignes de douanes les séparent ' ».
Parmi les causes qui, en dépit de la nonchalance du souverain, préparent à lointaine échéance la victoire du despotisme centralisé, les unes agissent automatiquement et ne sont pas les moins puissantes. D'abord l'influence de la cour et celle de l'armée. En i658, les États de Prague votaient à Léopold une adresse où ils lui demandaient « d'aimer leur ro3^aume et d'y séjourner toutes les fois que les circonstances le lui permettraient ». Le ton de leur requête trahissait un découragement visible et ils ne comptaient plus guère dès lors voir Prague retrouver l'éclat qu'elle avait dû au séjour de Rodolphe. Ceux qui aspiraient à jouer quelque rôle dans TÉtat, prirent l'habitude de vivre dans les alentours de l'Empereur. Il n'y avait pas à Vienne moins de trois ou quatre cents chambellans, et d'innombrables fonctions y sollicitaient les ambitions les plus diverses. Les nobles de toute provenance se rencontraient là; beaucoup avaient déjà des domaines disséminés dans les diverses régions de la monarchie, des mariages croisaient les familles, et, au bout de quelques générations, la plupart d'entre elles n'avaient plus qu'un
I. Fellner, Mitth. des Instituts, XV, 523. Bidermann, qui recherche les traces les plus anciennes de la centralisation, est bien obligé de reconnaître que, jusqu'à Marie-Thérèse, il ne saurait être question d'un empire autrichien, I, p. 24.
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souvenir assez confus de leur patrie véritable. Jusqu'à Marie-Thérèse, la noblesse bohème forme un corps fermé dont l'autorisation du roi de Bohême ouvre seule l'accès; vaines restrictions qui ne ralentissent guère cette sorte d'émigration morale. L'orgueil de la race survit chez quelques-uns de ces courtisans et un jeune seigneur met l'épée à la main pour punir un insolent qui a mal parlé des Tchèques; seulement ces patriotes fougueux ne comprennent plus la langue de leur peuple et oublient ses traditions.
Quelle femme, parmi cette génération nouvelle, ne s'étonnerait pas des larmes que ne pouvait retenir la comtesse Tchernin en apprenant le mariage de son fils avec une étrangère! Les familles de vieille souche, les Waldstein, les Lobkovits, les Tchernin, les Nostits, les Kolovrat, les Vrbna, les Schlick, les Chotiek, sont entraînées par le courant général, aussi bien que celles qui sont nouvellement établies dans le pays, qu'elles arrivent de l'étranger comme les Gallas, les Colloredo, les Aldringen, les Marradas, les Piccolomini, les Schwarzenberg, les Schœnborn, les Taxis, les Fûrstenberg et les Salm, ou qu'elles soient originaires des provinces germaniques de la monarchie, ainsi que les Liechtenstein, les Dietrichstein, les Auersperg, les Windischgrgetz, les Harrach. Ces aristocrates tiennent sans doute à leurs privilèges et ils sont capables de les défendre contre leur souverain, mais jusqu'au moment où celui-ci leur communique sa volonté définitive; ils sont moins bohèmes qu'autrichiens ou plus justement habsbourgeois.
Le loyalisme d3'nastique qui se substitue vers la fin du XVII* siècle au patriotisme local ou qui, chez les meilleurs, se superpose à lui, trouve son aliment et son foyer dans l'armée. Pendant une bonne partie du xvii* siècle, les États exercent un certain contrôle sur l'administration militaire, mais à partir de 1681 et de 1684, et surtout après l'ordonnance fondamentale de 1687, bien qu'elle n'ait pas été de suite complètement observée, l'unité de l'armée impériale est hors de cause. Tandis que jusqu'en 1660 les états-majors se composent en grande partie
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d'étrangers, les nobles prennent désormais l'habitude de se consacrer à la carrière militaire ; l'armée devient dès lors l'incarnation visible de l'idée autrichienne et, chez l'immense majorité des seigneurs, le culte du drapeau efface tous les souvenirs particularistes.
Léopold assiste à cette évolution plus qu'il ne la dirige, et l'action immédiate qu'il exerce sur la transformation intérieure de la monarchie est presque insignifiante. Les constitutions étaient, à proprement parler, un contrat entre deux propriétaires souverains, le prince et les classes privilégiées, représentées dans les diètes; elles distinguaient le domaine sur lequel l'autorité du prince était illimitée et servie par des agents qu'il choisissait à son gré, et celui où son pouvoir s'exerçait par délégation des États sous leur contrôle et avec leur collaboration. La limite des deux domaines avait été souvent matière à contestation; le fond des choses n'était pas en question et la théorie avait si bien pénétré dans les faits que Ferdinand II, en 1627, malgré des réserves de principe, n'avait pas osé abolir cette répartition fondamentale. De même cependant que, dans la période précédente, l'oligarchie avait étendu ses attributions au détriment des rois, ceux-ci^ maintenant victorieux, interprétèrent la constitution à leur profit et ils poursuivirent un double but, accroître la compétence des administrations centrales aux dépens des administrations autonomes et s'assurer des ressources indépendantes, de manière à s'affranchir de la surveillance des Diètes '. Il
I. Sur l'administration autrichienne, voir les manuels de droit public de Huber, Bachmann, Luschin d'Ebcngreuth. — Aucun d'eux ne saurait être considéré comme satisfaisant, mais on y trouve des indications bibliographiques. Les articles du Œsterr. Staatswœrtcrbiich de Mischler et Ulbrich sont de valeur très inégale. — Le seul essai d'une histoire administrative générale pour cette période est Bidermann, Gescli. der oesterr. Gesammtstaatsidee ; c'est un livre manqué, mais qui renferme nombre de textes importants. — Je n'indique que quelques travaux essentiels (en dehors des ouvrages déjà cités aux chapitres précédents) : FcUner, Ziir Gescli. der oesterr. Staatsverwaltung (Mitlh. des instit. f. oesterr. Gcsch.-Forsch., VIII). Wolf, Die Hn/kammer nnter K. Leopold (Sitz.-Bcr. der Wien. Akad., XI). D'Elvert, Zur oesterr. Finan^-Gesch. (Socicié de statistique de Moravie, XXV). Domin-Pctrushevccz, Ncuere oesterr. Reclitsgesch. Hara-