LE CONSEIL PRIVÉ
qui n'échappa complètement à leur surveillance qu'à partir de Charles VI et surtout de Marie-Thérèse.
Le Conseil privé, où se discutaient toutes les questions de politique générale, avait pris une grande importance à l'époque de Ferdinand II; à ce moment, il se réunit fréquemment, se compose d'un personnel stable et il semble appelé à fixer des traditions et à fonder une doctrine de gouvernement. Par là même il éveille les ambitions : les sollicitations de ceux qui désirent 3' pénétrer sont trop facilement écoutées, si bien que le nombre des conseillers passe d'une vingtaine à plus de quarante en 1684 et à 164 en 1 705. Aussi, dès le règne de Ferdinand III, éprouve-t-on la nécessité de constituer un conseil plus intime qui prend le nom de Conférence. Seuls les conseillers ou ministres de la Conférence exercent désormais une influence réelle'.
Ils étaient encore trop nombreux ; au lieu de les convoquer ensemble, on prit l'habitude de formier, un peu au hasard, suivant la question à étudier, des commissions auxquelles on adjoignait des étrangers. Un pareil système rendait impossible toute unité et tout esprit de suite. La Conférence n'avait ni règlement ni politique, elle était tiraillée par des influences rivales, et elle devenait un agent d'obstruction et d'incohérence. Pendant toute la vie de Léopold, on se plaint de ce désordre et tout le monde reconnaît la nécessité d'une réforme radicale. En 1697 seulement, à la fin du règne, on forme avec des délégués des diverses chancelleries, de la Chambre et du Bureau de la guerre, une Députation qui exerce une surveillance générale sur les affaires des divers royaumes, les dettes, les contributions ; c'est la première ébauche d'un Conseil des affaires intérieures, et elle sera reprise et développée par Marie-Thérèse : mais longtemps la Députation n'a qu'un caractère purement consultatif et son rôle se borne à quel-
I. « Après les princes sont les conseillers d'Etat, lesquels ont le titre d'Excellence. Ils sont en très grand nombre. On donne ce titre à de très jeunes gens. Aussi ne sont-ils que pour la forme et les conseils où on les assemble se tiennent-ils très rarement et pour desatVaircs peu importantes. » (Montesquieu, Voyage en Autriche, p. 5).