LA CHAMBRE AULIQUE
ques manifestations platoniques. Les Habsbourgs ne réussiront jamais jusqu'en 1848 à créer un organe central qui leur permette d'imprimer aux affaires publiques une impulsion énergique. Même à l'époque de Metternich, nous entendrons la même antienne sur l'impuissance de l'autorité centrale, paralysée par la complication des rouages, l'enchevêtrement des compétences et l'absence d'une hiérarchie incontestée.
La Chambre aulique donne lieu à des plaintes plus fréquentes encore, sans que les modifications incessantes auxquelles elle est soumise apportent aucune amélioration. « Je n'ai jamais écouté les faiseurs de projets sur les finances, disait le prince Eugène à Montesquieu ; parce que, que l'on mette l'impôt sur les souliers ou sur la perruque, cela vient au même. — Il avait bien raison : ce sont les perpétuelles réformes qui font que l'on a besoin de réforme '. » — L'exemple de ce qui se passait à Vienne était de nature à justifier le scepticisme de Montesquieu. On y cherchait deux choses : obtenir un rendement plus élevé des impôts que percevait déjà la Chambre, et lui procurer de plus abondantes sources de revenus, soit en inventant des contributions nouvelles, soit en soumettant au fisc, en enchambrant, suivant l'expression officielle, les taxes qui relevaient des États. Le point de départ, c'était évidemment d'établir nettement l'autorité de la Chambre aulique centrale sur les administrations qui la représentaient dans les divers groupes, d'instituer une comptabilité régulière et une surveillance efficace et de déterminer quelques principes généraux de politique financière que l'on suivrait avec persévérance et qui permettraient de substituer l'ordre et l'uniformité à la confusion ancienne.
Sur aucun de ces points, la Cour n'a d'idées nettes et de programmes déterminés. Beaucoup d'agitation, de circulaires, de projets aussitôt abandonnés qu'essayés ou qui, le plus souvent, cessent de plaire avant d'être entrés en exécu-