‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 16 sur 325 · RESTAURATION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

RESTAURATION CATHOLIQUE

Les confiscations ordonnées par la commission judiciaire représentaient déjà une somme considérable '. L'avidité des vainqueurs en fut alléchée et non satisfaite. Quelque excessives et odieuses qu'eussent été les précédentes condamnations, elles avaient une excuse : la plupart des hommes qui avaient ainsi été frappés, avaient été directement mêlés aux événements, ils étaient coupables au moins de faiblesse; la sévérité du souverain avait été impitoyable, et nous éprouvons aujourd'hui une révolte quand nous l'entendons à Maria-Zell supplier la Vierge d'éclairer les malheureux qu'il frappait si durement : du moins pouvait-on soutenir que, dans un pays ravagé depuis un siècle par l'anarchie, il était nécessaire de rappeler à une féodalité turbulente qu'on ne joue pas impunément avec la prospérité et la paix d'un pa3^s. En revanche, pour les actes qui suivirent et qui aboutirent à la spoliation des deux tiers au moins des propriétaires de Bohême, on cherche en vain un prétexte ou une excuse. L'histoire n'offre pas d'exemple de barbarie aussi féroce à la fois et aussi stupide, et ce qui aggrave encore la responsabilité des coupables, c'est qu'elle fut longuement méditée et poursuivie pendant une interminable suite d'années, sans que les ruines qui s'amoncelaient autour d'eux aient jamais ébranlé leur indifférence, sans que leur cœur ait jamais frissonné devant le concert de lamentations qui s'élevaient vers le ciel.

Les ménagements n'étaient plus nécessaires ; la victoire du Catholicisme était toujours plus manifeste et les exi-

I. Skala (t. V, 66) évalue à 5,25o,ooo ou 5,375,000 kops misniens la valeur des biens ainsi enlevés aux contumaces et aux rebelles morts pendant la guerre ou à ceux qui comparurent devant la Haute-Cour. Le kop misnien valait un peu plus d'un Horin. Il y avait là 1 15 seigneuries ou domaines dont quelques-uns valaient plus d'un million, g3 maisons, des valeurs de toute nature. Bilek, en comparant les prix d'estimation avec le prix actuel de certains de ces domaines, croit que les biens confisqués pendant ces premiers mois ne représenteraient pas aujourd'hui moins de 200 à 25o millions de francs [Histoire des confiscations, xlii). Je remarque une fois pour toutes qu'il y a toujours beaucoup d'incertitude dans ces chiffres et qu'ils ne prétendent pas à une rigueur mathématique. Ils sont cependant nécessaires pour donner une idée approximative de l'extraordinaire bouleversement des fortunes à cette épocjue.

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