LES CAPITAINES DE CERCLES .-» I I
toute réforme a sa répercussion dans le budget. La constitution de 1627 avait interdit aux membres des divers ordres toute entente préalable et n'autorisait que les discussions officielles en séance publique; cette défense, d'une sévérité ridicule, fut bientôt tournée et, en 1640, les États reçurent de nouveau un certain droit d'initiative, très limité d'ailleurs et entouré de sévères restrictions; la vie parlementaire retrouve néanmoins dès lors une certaine animation. Le récit de Rézek prouve que pendant les premières années de Léopold P"", l'activité des Diètes est réelle: elles s'occupent de la sécurité publique, de la police rurale, de la religion, des douanes, de la canalisation, de la viabilité, de l'industrie, de l'hygiène. Il est probable que leur rôle fut sensiblement moins important vers la fin du siècle : leurs résolutions avaient toujours besoin de la sanction royale et elles se lassèrent d'émettre des vœux qui le plus souvent demeuraient illusoires; mais leur pouvoir de contrôle subsista et Chlumetsk}'^ affirme que « jusqu'à Marie-Thérèse, les États seuls votent les projets de loi sur la proposition du roi, tandis que sous Marie-Thérèse on se contente en général de leur demander leur avis ».
Les souvenirs du régime antérieur, dont le caractère essentiel était le partage de l'autorité entre l'aristocratie et le souverain, survivent ainsi en s'atténuant progressivement jusqu'en 1748 où des tendances nouvelles l'emportent. Le gouvernement ne pousse pas à l'extrême son triomphe, parce qu'il n'a pas les moyens de renoncer aux services que lui rend l'aristocratie et qu'il ne dispose pas encore d'une bureaucratie régulièrement organisée. Il ne réussira jamais tout à fait à se passer des nobles : avant 1848, son autorité ne pénètre pas directement jusqu'au peuple, et une partie des pouvoirs publics est déléguée aux propriétaires des domaines seigneuriaux, ce qui impose au roi certains ménagements et exclut la possibilité d'usurpations radicales. Léopold P'" et Charles VI travaillent à transformer en fonctionnaires les agents autonomes, qui, au xv" et au xvf siècles, veillaient
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dans les provinces à l'exécution des décrets de la Diète ; ils étendent leurs attributions en même temps qu'ils les soumettent à un contrôle plus attentif et ils préparent ainsi à Marie-Thérèse et à Joseph II les instruments sans lesquels leurs desseins n'auraient même pas pu être conçus. Il ne faut pas moins d'un siècle pour que l'on aperçoive avec quelque netteté la portée de changements qui ont leur origine à la fois dans la volonté réfléchie du prince et dans la transformation générale de la société '.
Au début, les capitaines de cercles rappellent les présidents des comitats hongrois ; ce sont des nobles, établis dans la région, chargés de fonctions temporaires qu'ils sont tenus d'accepter et pour lesquelles ils ont le concours également obligatoire des autres habitants libres, ce qui révèle clairement la tradition féodale dont ils sortent. En Moravie, où l'organisation aristocratique était beaucoup moins avancée, l'institution des capitaines de cercles fut véritablement l'œuvre de Ferdinand II, qui les soumit à l'autorité du Tribunal du Pays, leur assigna un traitement et leur adjoignit des commissaires délégués qu'ils surveillaient. Ils eurent ainsi, dès le début, le caractère de représentants du roi et ils devinrent comme le type que les rois cherchèrent à répandre. Peu à peu, les capitaines des cercles perdent en Bohême aussi leur caractère primitif; leurs fonctions deviennent permanentes et on les laisse longtemps en charge, ce qui est la condition première de toute bureaucratie. A l'origine, l'un des deux capitaines de chaque cercle était pris parmi les Seigneurs et l'autre parmi les Chevaliers originaires du district ; il suffit désormais qu'ils 3' habitent ou qu'ils y achètent un domaine ou même que leurs biens n'en soient pas trop éloignés. A partir de 1669, ils sont nettement soumis à la Lieutenance; elle les appelle à Prague pour recevoir leur
I. Cette évolution a été étudiée en détail dans le livre de Bohuslav Riegcr, La constitution des cercles, 2 vol., qui est un chef-d'œuvre de précision et de clarté; c'est certainement le travail qui a jeté la plus vive lumière sur l'histoire de la Bohême au xvii° et au xviii^ siècle.