‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 165 sur 325 · PARALYSIE GOUVERNEMENTALE · texte numérisé non relu

PARALYSIE GOUVERNEMENTALE

ils ont avili ses ambitions, sans assurer au peuple la sécurité et le bien-être qui eussent excusé leur despotisme. L'état extrême d'anémie où les secousses précédentes ont réduit le pays, interdit toute vaste pensée et se traduit par une sorte de paral3^sie générale : il faut un siècle entier pour que les Habsbourgs constituent vraiment une administration active et essaient d'améliorer la condition du peuple. Cette sorte de stagnation est d'ailleurs un fait assez général à cette époque. Les rois^ satisfaits de leur triomphe personnel, ne comprennent pas les devoirs qu'il leur impose. Les penseurs les plus éminents n'aperçoivent pas les causes profondes du malaise qu'ils constatent et qui a sa source dans la situation de l'aristocratie à la fois oppressive et servile ; l'Esprit des Lois, le plus admirable livre du xvm® siècle, est avant tout une codification des règles par lesquelles se conservent les gouvernements; ce n'est que très lentement que se dégagent les idées d'évolution et de progrès qui sont devenues aujourd'hui comme une catégorie de notre esprit. En Bohême, comme dans presque toute l'Europe, les nobles et les princes trouvent une occupation suffisante à leur activité dans des luttes mesquines, marquées par des victoires sans trophées et des défaites sans larmes. Leur ambition médiocre se borne à empêcher l'adversaire de gouverner. Leurs rivalités s'équilibrent dans une sorte d'effacement de la puissance publique, et pendant cet intérim, les ressources du pays achèvent de s'user dans une anarchie somnolente. Les facultés actives, laissées sans emploi, s'étiolent, les intelligences que ne sollicite aucune tâche sérieuse s'endorment et, comme dans tout organisme affaibli, les plaies ne se cicatrisent pas.

Quelques S3'mptômes extérieurs pourraient facilement nous induire en erreur. A la cour de Léopold, la richesse

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