Tome L
leurs guère que platoniques : les sessions ne commencent presque jamais à l'époque déterminée, elles se prolongent plusieurs mois, le séjour des députés à Prague entraîne des frais que leurs budgets obérés ne comportent pas; le plus souvent, les bourgeois se dispensent de paraître ; en 1720, les nobles décident que, suivant la coutume, l'Ordre des villes n'aura qu'une seule voix, et ils poussent même l'esprit d'exclusion jusqu'à refuser aux délégués de Koutna- Hora,de Plzein et de Boudiéjovitse le privilège de prendre siège dans le Parlement '.
Les députés des villes, n'ayant rien de mieux à faire, se querellent; à propos de la plus vaine des préséances, Koutna-Hora soutient contre Plzein un procès qui forme un des épisodes les plus longs et les plus fastidieux de l'histoire bohème, mais dont les épisodes jettent sur les mœurs du temps une lumière curieuse. — Vos Seigneuries doivent s'arranger, écrit aux habitants de Koutna- Hora un de leurs agents, pour trouver de bons patrons auprès de la Chambre, en particulier le grand-maître des monnaies : alors ils auront un rapport favorable; c'est l'habitude à la cour. Ainsi soit-il ! " — Ses clients comprennent : ils font distribuer 20 moutons, 5 brebis, sans parler de quelques écus. Ils emportent les promesses les plus formelles ; le rapport part pour Vienne en 1664, et la réponse arrive en 1692. Les condamnés en appellent, font révoquer la sentence. Il n'y a pas de raison pour que cela finisse, et en effet cela ne finit pas.
En même temps que toute influence politique, les villes royales perdent toute indépendance administrative. Elles ne sont plus comme autrefois exclusivement soumises au prince ou à son délégué, le sous-chambellan, ce qui était comme le signe extérieur de leur liberté; la Chambre, la Lieutenance, les Capitaines de cercles exercent sur elles une surveillance de plus en plus régulière et précise
1. Tchélakovsky, L'Ordre des villes à la diète tchèque ; Journal du musée bohème, i86g, p. 267.