PRAGUE
Prague seule doit au séjoiir des administrations et des nobles quelque apparence d'animation. Si ce n'est que tout à la fin du siècle que s'élèvent les nombreux palais et les églises qui ont achevé de lui donner ce charme pittoresque que n'ont pas encore complètement effacé les exigences de la vie contemporaine, déjà cependant le palais de Kolovrat, celui de Tchernin un peu plus tard, les églises de Notre-Dame des Victoires, de Saint-Sauveur, de Saint-Ignace, de Saint-Joseph, le cloître des Pauliciens, s'ajoutent aux anciens monuments; les Jésuites complètejnt le Clementinum. Ce mouvement est d'ailleurs un peu factice et cet art qui n'est pas né du développement naturel du peuple, n'a rien de national; les artistes sont en général étrangers et ils ne font pas école ; ceux mêmes qui sont d'origine bohème comme Skréta, que la réaction religieuse avait chassé de Bohême, et qui y rapporte à son retour la manière et les procédés des Italiens ', n'ont aucune originalité, et les tableaux académiques et propres, dont il couvre les murailles des églises, fort admirés jadis, nous ennuient aujourd'hui par leur banalité correcte. Les statuaires, rares, sont boursoufflés et emphatiques ; l'art de la fonderie, jadis prospère, est oublié; la tendance de l'époque, amoureuse du clinquant, est assez bien caractérisée par l'apparition de la corporation des mouleurs en stuc (lôSy), presque tous italiens d'ailleurs. Les progrès matériels sont très lents aussi. L'usage des fiacres publics, qui remonte pour Londres à 1625, ne s'introduit à Prague qu'en 1778; Hambourg s'éclaire de lanternes en 1675, Prague en 1744". L'indolence est générale ; quand on veut imposer aux employés l'obligation de venir deux fois par jour à leur bureau, la Chambre proteste : la ville est grande, la route est longue. Malgré tout, c'est vraiment une ville, la seule
1. Charles Skréta, né à Prague en 1604, quitte la Bohûme au moment des troubles, acquiert une grande renommée en Italie, revient dans sa patrie vers i638, meurt en 1674.