‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 173 sur 325 · Winter, Les villes de Bohême, pp. 5i · texte numérisé non relu

Winter, Les villes de Bohême, pp. 5i

du royaume avec Breslau, qui est un centre actif de commerce, surtout depuis que l'ouverture du canal de l'Oder à la Sprée facilite les relations avec Hambourg.

Au-dessous, nous ne trouvons que des bourgades. Brno a 8,000 habitants, Olomouts 6,000, lihlava etZnoym de 3 à 4,000; les autres agglomérations urbaines de la Moravie ne dépassent pas 1,000 à i,5oo habitants. Elles conservent quelques restes amusants de leur ancienne splendeur, des églises aux pignons gothiques, un hôtel de ville de la Renaissance, un Rink entouré d'arcades sous lesquelles se cachent les boutiques les plus achalandées. Toutes ces constructions, dédaignées et branlantes, offrent un lamentable aspect de décrépitude; beaucoup de maisons dévastées pendant la guerre sont encore vides cinquante ans plus tard et achèvent lentement de s'effondrer ; ces échoppes misérables, presque complètement en bois, présentent une proie facile aux incendies qui périodiquement ravagent le pays; malgré les règlements multipliés, les immondices s'entassent dans les rues. Sauf à Prague et à Koutna-Hora, qui a repris une certaine animation, les négociants ne sont que des boutiquiers et le commerce est presque tout entier concentré entre les mains de quelques brocanteurs juifs. Un esprit de vanité étroite, de défiance sournoise et de paresse craintive arrête le progrès. Les règlements recommandent aux conseils municipaux de ne pas éloigner par des taxes trop élevées les étrangers qui voudraient s'établir dans leur ville, et cherchent à introduire un peu plus de justice dans le régime des corporations. Les bourgeois n'en ont cure, sans autre pensée que d'écarter la concurrence, pour sauvegarder leurs pauvres bénéfices : les avantages accordés aux fils des patrons, la limitation du nombre des maîtrises, les frais de toutes sortes et les complications des épreuves éloignent les candidats. La vie industrielle est entravée par une série de prescriptions minutieuses; chaque nouveauté est une menace, chaque inventeur un ennemi. La loi oppressive et absurde induit constamment en tentation de fraude : les

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boulangers, les brasseurs, les bouchers sont enfermés dans un réseau d'arrêts contradictoires et obscurs qui n'empêchent pas plus les fraudes que l'interdiction d'acheter en bloc la récolte des paysans ne rend les disettes moins fréquentes. Tout s'enchaîne dans la vie d'un peuple : les édits communaux partent de la même conception que les ordonnances en matière de foi, la peur de la liberté et la défiance de la nature humaine, et le résultat aussi est semblable : l'abaissement des caractères et la torpeur des esprits.

Quelques économistes aperçoivent la cause du mal : Bêcher invite Léopold à favoriser « l'intelligence, l'énergie, les capitaux et la liberté, qui sont les quatre ailes de Mercure ' ». D'autres, moins originaux et moins hardis, comme Hornick dont le livre : L'Autriche au-dessus de tout, si elle veut, est célèbre, insistent sur les inconvénients d'un système économique incohérent et demandent que l'on applique avec conséquence les théories protectionnistes qui dominent alors dans l'Europe entière^. La Cour écoute, réfléchit et attend. Presque chaque année, les États expriment leurs doléances — et elles ne prouvent pas sans doute une intelligence bien éclairée, mais sur quelques-unes de leurs plaintes tout le monde est d'accord, sur la nécessité par exemple de modifier le tarif douanier de i658 ou d'améliorer la navigation de l'Elbe. On les leurre par quelques promesses ou quelques mesures vagues, dont les unes sont désastreuses et dont les autres ne produisent aucun effet durable, soit qu'on ne les applique pas, soit qu'elles soient contrecarrées par des règlements opposés. En 1698 seulement on se préoccupe enfin de constituer à Vienne une commission qui exercera une action générale sur la politique économique ; la Commission de commerce de Prague ne sera organisée qu'en

1. Discours politique sur les causes véritables du progrès et de la décadence des villes et de la république. Hildebrand's Jahrbûcher, 11, p. 44.

2. Jahrb. fur Nationalœkon. u. Statistik, Ncqe Folge, 11, 194.

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