LES VILLES SEIGNEURIALES
En dépit de ces lenteurs, sur quelques points une certaine activité industrielle commence à se manifester; la Silésie tend à redevenir l'iîitermédiaire entre la Russie ou la Pologne et l'Europe occidentale, ses toiles retrouvent des acheteurs assez nombreux pour que sa propre production, d'ailleurs très réduite par l'émigration continue des tisserands, ne suffise pas aux commandes et elle demande à la Bohême le complément nécessaire; les verreries, si nombreuses au xv^ siècle que les plaintes sur le déboisement sont fréquentes, se relèvent et les articles de la région de Playn sont réputés au loin; on rencontre jusqu'à Cadix des entrepôts de verres bohèmes. La fabrication des draps, qui faisait jadis la richesse de la Moravie, est au contraire longtemps languissante et ne produit que des articles grossiers. Au résumé, bien que l'ensemble trahisse une amélioration progressive, — et un peuple, à moins de disparaître, ne saurait croupir longtemps dans la misère sordide où la guerre avait précipité la Bohême, — la situation demeure mauvaise : pas de réserves, si bien que la moindre crise a les retentissements les plus douloureux; ni méthode chez le gouvernement, ni initiative chez les ouvriers ; le relèvement, très lent, est interrompu par de brusques retours. Encore profite-t-il presque exclusivement aux seigneurs que leurs ressources matérielles et morales mettent à même de suivre de moins loin l'exemple de l'étranger. Beaucoup de leurs entreprises d'ailleurs, conçues légèrement et médiocrement conduites, périclitent ou, ce ce qui est peut-être encore pire, ne continuent à végéter que grâce à l'appui du gouvernement ; la vie commerciale en Bohême prend dès lors un caractère factice qu'elle conservera presque jusqu'à nos jours, de sorte que, par un étrange paradoxe, le progrès de l'industrie, centralisée entre les mains de quelques fabricants étrangers et d'un assez petit nombre de nobles, augmente l'influence de l'aristocratie et retarde l'affranchissement de la bourgeoisie.
Les villes qui dépendent des seigneurs, qu'elles soient protégées ou sujettes^ sont naturellement dans une condition
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encore plus misérable. Les privilèges les plus solennellement confirmés sont sans cesse violés. Le pouvoir appartient au régent du seigneur ou à ses employés, et les conseillers, élus sous sa pression, ne sont que les premières victimes de son arbitraire et comme des otages, chargés d'assurer la soumission de leurs concitoyens : tous les dimanches, ils assisteront à la messe et au sermon dans les premiers bancs, communieront deux fois par an, suivront le premier mercredi du mois la procession du Saint- Sacrement avec un cierge allumé, veilleront à ce que les jeûnes soient observés. — Ils n'ont plus d'autre pensée que de se dérober à des honneurs qui leur imposent de si lourdes charges; ils se plaignent d'être maintenus trop longtemps dans leurs fonctions, donnent leur démission dès qu'ils le peuvent; le seigneur la refuse, les menace, les injurie '. Le bourgeois qui veut faire un voyage, doit solliciter l'autorisation du Seigneur, indiquer les motifs de son absence, faire renouveler chaque année sa permission; pour se marier au-dehors, les veuves et les orphelins doivent abandonner un vingtième, plus tard un dixième de leurs biens. Les redevances se multiplient à l'infini, droits sur les patentes, les corporations, la bière, le vin, l'eaude-vie, la pêche; si l'oppression provoque quelque résistance, le seigneur se plaint auprès des autorités supérieures qui interviennent en sa faveur, blâment vertement « la commune et les anciens de s'être réunis comme une forte chaîne ^ ».
Les habitants de la ville de Politse, dépouillés de leurs privilèges par l'abbé de Brjevnov, demandent au roi de confirmer leurs chartes : l'abbé les accuse de rébellion et réclame une punition sévère. Le roi, sans aller aussi loin, leur prescrit de s'arranger avec leur maître, qui leur fait durement sentir sa mauvaise humeur, jusqu'au moment où ils se rendent à merci : « ils se sont opposés à leur sei-