‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 177 sur 325 · I. Riegcr, Les cercles · texte numérisé non relu

I. Riegcr, Les cercles

Un d'eux se plaint, on lui brise Toinoplate ; un autre est frappé par l'intendant, jeté du haut de l'escalier; il en meurt après trois mois de maladie, et sa veuve reçoit en dédommagement de la terre confisquée 60 florins que la maladie de son mari a dévorés d'avance. Ces crimes sont certainement rares. Ce qui est continuel en revanche, ce que prouvent les requêtes innombrables des sujets et les rapports officiels, ce sont les petites usurpations, les empiétements journaliers, l'absence complète de sécurité et de justice. L'emphytéote ne peut tester qu'avec l'autorisation du seigneur et celui-ci s'attribue un droit de dévolution très étendu; souvent il réclame l'héritage dès qu'il n'y a pas de successeur direct; dans ce cas au moins, il prélève des redevances considérables ; les filles-mères sont déchues de leur part qui revient au seigneur. A chaque mutation, il perçoit des taxes fort élevées, ordinairement 10 pour 100 de la valeur de l'immeuble, et elles s'accroissent de contributions accessoires, inventaire, enregistrement, inscription, nantissement, etc.

Les employés qui touchent un tant pour cent, intéressés à ce que les mutations soient nombreuses, forcent les cultivateurs à céder leurs biens à leurs enfants; la coutume presque générale est que le paysan remette sa propriété à son fils dès que celui-ci arrive à l'âge de se marier; il se réserve le logement, la nourriture, quelques arbres, quelques têtes de bétail, souvent un coin de champ, le meilleur. Le nouveau possesseur est tenu de payer les taxes et le maître exige qu'il complète le matériel d'exploitation, il a la charge de l'éducation de ses frères mineurs et il doit les indemniser en argent de leur part de terre. Les emprunts auxquels il est condamné, achèvent vite l'œuvre des impôts et des redevances féodales. Dans les bonnes années, il a grand'peine à joindre les deux bouts; quelques-uns demandent à échanger leurs exploitations contre d'autres plus petites, d'autres s'enfuient, beaucoup meurent à la peine, '( laissent de pauvres veuves, des champs désolés, pas un morceau de pain et beaucoup de

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