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LES REDEVANCES

petits enfants. » A la première récolte qui manque, c'est la disette, les paysans meurent par milliers, la population décroît avec une effroyable rapidité. Les seigneurs se sont peu à peu endurcis : qu'y faire ? C'est la loi de Dieu, et puis il n'est pas bon que les paysans soient riches, cela les rend insolents : la gent rustique est la meilleure quand elle pleure, la pire quand elle rit. Léopold essaie de réveiller quelques sentiments d'humanité : « il convient de gouverner avec douceur et de protéger les paysans plutôt que de les ruiner (1657); les paysans doivent la corvée, mais les seigneurs ne doivent pas les empêcher de s'entretenir et de se nourrir. » A quelle époque de vagues exhortations morales ont-elles arrêté la cupidité ou la dissipation? Les nobles ont besoin d'argent, il faut que le paysan paye. « Tout le monde sait combien le pauvre serf est tourmenté, écrit en 1669 un employé seigneurial; si le paysan bohème supporte avec patience tous les travaux que son maître exige de lui, toutes les contributions et l'oppression qu'il souffre, il a bien le droit d'être mis au rang des martyrs. »

La moitié seulement de l'impôt foncier, la berna, doit être payée par les tenures rurales ; le seigneur, chargé de la répartition et de la perception, s'arrange pour rejeter sur elles sa quote-part; en Moravie, c'est un abus si général que personne ne s'en étonne plus. Le terrier fixe le cens et létaux des lods et ventes; on torture les textes pour augmenter les redevances. L'administration est tout entière dans les mains du propriétaire ; son intendant désigne le juge et les conseillers qui ont surtout pour mission de veiller à ce que les articles, — c'est-à-dire les instructions du château, — soient ponctuellement observés. Le paysan ira à la messe les dimanches et les fêtes, il se confessera et communiera une fois Tan, il observera les jeûnes, respectera son curé et fuira l'hérésie comme un serpent; il évitera les rixes, les jurons, le cabaret, les veillées « où se font moins de bons que de méchants tours, pour la condamnation des morts et des vivants»; on lui interdit

LES REDEVANCES .^l

les péchés de toutes sortes, les jeux, les danses, les réunions suspectes et autres abus analogues; on lui prescrit la façon dont il cultivera son champ, dont il élèvera son bétail, dont il traitera ses domestiques, le salaire qu'il leur payera. Au milieu de ces règlements compliqués et souvent contradictoires, les pauvres conseillers perdent la tête ; ils sont toujours sous le coup d'une contravention; ils sont tenus de percevoir les contributions, de diriger l'exécution des corvées; afin de se mettre à l'abri des colères de l'intendant, ils favorisent ses usurpations les plus iniques.

Pour les torts les plus véniels, l'employé du seigneur distribue les amendes et les coups : il ne marche qu'un fouet à la main ; Karabatchnik, le fouetteur, le nom lui en est resté ; c'est le régime du knout. Le noble règle les questions de tutelles, d'inventaires, de licitations, il est seigneur haut-justicier : autant de prétextes à exactions. Pas un acte de la vie qui échappe à son attention : impôts sur les foires, sur les transports, sur les métiers, taxes sur les moulins à grains, à huile, à papier, sur les brasseries, les distilleries, les auberges, les forges, les boulangeries, les ateliers de tissage, l'équarisseur, le bourreau. Les paysans doivent apporter au château des œufs, des volailles, du lin, du miel, ramasser un certain nombre de champignons, de noisettes, de cumin, de glands, d'escargots ; pendant l'hiver, ils gardent le bétail du château et le nourrissent; « le comte Bredaw, quand ses paysans n'avaient plus rien à donner, faisait raser les têtes de leurs femmes et de leurs filles et vendait leurs cheveux aux perruquiers. Pulchra industria M »

Les redevances indirectes, les bénéfices que le seigneur réussit à s'assurer par des monopoles ou des règlements aussi bizarres que multipliés, sont peut-être encore plus odieux et plus nuisibles. Il majore le prix du sel que lui livrent les magasins royaux, il force ses paysans à acheter au prix qu'il fixe les produits du domaine, fromages,

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