Id., p
témoignage de l'Écriture et des anciens docteurs, les consciences ne se laissent ni gouverner, ni lier, ni violenter, mais que, dès que l'on recourt à la contrainte publique ou privée, cela produit des conséquenees funestes et que dans divers royaumes, cette contrainte a entraîné des bouleversements K » Les Jésuites lui opposent l'idée théocratique : « Qu'ils le veuillent ou non, (les hérétiques) sont soumis sans aucun doute au pouvoir de l'Église, et par conséquent du pape ". » Les insurgés ne frappaient ainsi dans les Jésuites « qu'une secte funeste et turbulente », et les décrets d'expulsion ont si bien un caractère purement défensif qu'ils stipulent avec soin que les autres ordres catholiques, vivant pacifiquement dans les cloîtres ou ailleurs, ne seront pas inquiétés. Encore est-il nécessaire de remarquer que Ton vise l'Ordre et non pas les individus : après le décret d'expulsion, les directeurs envoient des mousquetaires pour protéger leurs maisons et leurs églises contre les excès de la foule ^.
Il est donc impossible, comme on l'essaie aujourd'hui, de ne voir dans l'œuvre de restauration catholique que la conséquence normale de principes universellement acceptés. Ce que Carafa était chargé de supprimer, c'était justement cette liberté de conscience que Georges de Podiébrad avait défendue, que l'Unité des Frères avait prêchée et qui tendait peu à peu à rallier l'immense majorité des Bohèmes. Pendant un siècle et demi, lui et ses successeurs allaient travailler par les moyens les plus odieux à rétrécir l'àme humaine et à réveiller les férocités ataviques.
Sur le but à atteindre, il ne semble pas qu'il se soit jamais produit parmi les vainqueurs la plus légère divergence : pour mener à bien une aussi prodigieuse campagne, il a fallu s'y reprendre à plusieurs fois, prévoir bien des combinaisons, modifier les procédés; de là, des consultations, des discussions très nombreuses, dans lesquelles