‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 180 sur 325 · MISERE DES PAYSANS · texte numérisé non relu

MISERE DES PAYSANS

tendant les passe en revue, retient ceux qui lui conviennent. Les parents se plaignent : ils ont besoin d'eux, manquent d'ouvriers ; on ne les écoute pas. Ce service obligatoire dure de trois à sept ans, pendant lesquels le plus souvent le noble se contente de nourrir ces domestiques. La coutume prescrit aux seigneurs, dans certains cas, de venir en aide à leurs paysans : ils s'affranchissent de leurs obligations. Il arrive cependant que la détresse des villageois est si grande que l'intérêt des maîtres les contraint à quelques sacrifices : ce n'est plus qu'à titre d'avance et ils calculent les intérêts, quelquefois à 25 pour loo. Aussi, la plupart des paysans vivent au jour le jour ; quand ils meurent, ils ne laissent absolument rien. — Beaucoup de nobles appartiennent à la descendance de Judas Iscariot, dit Abraham de Santa-Clara; ils sucent comme des sangsues le sang de leurs sujets. Pour beaucoup d'entre eux, le paysan n'est qu'un chien. — Et il compare la société à une noix dont les serfs représentent la cosse verte; il faut éplucher ces serfs comme cette cosse; après, il faut briser avec les dents la coquille; ce sont les paysans, ils ont la tête dure, et ce n'est pas de finesse qu'il peut être question avec eux. Tu arrives enfin à la noix délicate et savoureuse, tu l'ouvres et tu trouves un ver. — Fi, au diable, et tu craches avec dégoût. — Fi, dirai-je aussi au noble qui devrait être une réunion de nobles vertus et n'est qu'un ver qui ronge et tourmente ses sujets.

Que peuvent quelques moralistes contre le déchaînement de tous les appétits brutaux? Les privilégiés ont étouffé dans leurs âmes jusqu'au remords de leur dureté. Ils ne ressentent même plus de pitié pour ces pauvres diables, déguenillés, sales, qui ont à peine figure humaine, qui vivent pêle-mêle avec leurs bestiaux dans des cabanes d'argile et baragouinent un jargon inintelligible. Ils sont gangrenés par le milieu de laquais et d'exploiteurs avides auprès desquels ils vivent; ils regardent leurs plaisirs , comme sacrés et voient une sorte de révolte dans la moindre résistance à leurs fantaisies; à la plus humble

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