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MISÈRE DES PAYSANS

réclamation, ils entrent en fureur, répondent aux demandes les plus modestes par des coups ou des condamnations. Pour les délits de chasse, en particulier, ils sont féroces : défense aux paysans de porter un fusil, de conduire un chien même en laisse, de s'habiller en vert, d'entourer son champ de grillages ; la plus légère contravention est frappée de peines odieuses.

Poussé à bout, le serf se défend par tous les moyens, triche sur les corvées, invente mille stratagèmes pour échapper à l'impôt ; périodiquement des incendies éclatent, ravagent une province, avec une régularité qui ne laisse guère de doute sur leur origine; les émeutes aussi sont fréquentes. Malheur à ce moment à qui tombe entre les mains des rebelles! Ils n'ont trouvé aucune pitié et ils n'accordent aucun quartier. Ces explosions sauvages se terminent par de sanglantes représailles qui laissent d'inexpiables rancunes. Entre les maîtres inhumains et les serfs assauvagis par la misère, la guerre est continue : par égoïsme, cupidité et par peur, les « seigneurs et plus encore leurs agents transforment la sujétion héréditaire en une tyrannie insupportable ' ».

La déchéance physique et morale entraînée par ce régime, est lamentable, et, ce qui est la punition des injustices sociales, elle s'étend de proche en proche, atteint jusqu'aux classes supérieures et retarde ou empêche le relèvement général. Les paysans se nourrissent de bouillie de farine, de purée de pois, de fruits sauvages et de poissons salés; l'usage de la viande est presque inconnu. Les habitudes d'hygiène et de propreté disparaissent; les établissements de bains, très nombreux au moyen âge, ne sont plus mentionnés que par hasard au xvii^ siècle et semblent avoir été à peu près complètement inconnus à l'époque suivante. Aucun esprit d'épargne : à quoi bon préparer des réserves sur lesquelles à la première occasion le maître fera main basse! Si la récolte se vend bien, on

I. Rapport à Marie-Thérèse (1748), publié par Grûnberg, II, 49.

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