‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 182 sur 325 · LES NOMMES · texte numérisé non relu

LES NOMMES

dépense les quelques ccus envoyés par le hasard en toilettes ou en banquets; l'intendant encourage et favorise l'ivresse qui augmente ses revenus. La population est souffreteuse, maladive, les maladies contagieuses fréquentes et les épidémies terribles.

Une armée de vagabonds et de malandrins court le pays, violonistes, acrobates, joueurs de petite et de grande flûte, chanteurs, danseurs de corde, escamoteurs, sans cesse grossis par les serfs fugitifs ou les fermiers qui ont été expulsés et qui « jouissent du bâton de mendiant ». Ces nomades se groupent en petites bandes qui mendient et volent; les ordonnances contre les Petroptsi, sorte de brigands armés, sont renouvelées d'année en année, sans grand succès, puisqu'en 1677, les plaintes provoquées par leurs ravages redoublent. Beaucoup de villes sont trop pauvres et beaucoup de seigneurs trop avares pour garder en prison les criminels arrêtés, on les remet en liberté après leur avoir distribué quelques coups de bâton, et ils recommencent leurs rapines.

De temps en temps, un vent de panique souffle dans le pa3's : en Moravie les hordes hongroises ou turques pénètrent jusqu'à Brno et ravagent tout sur leur passage; la Bohême n'est guère mieux traitée par les Saxons qui marchent au secours de l'Empereur. Les soldats licenciés exercent de véritables réquisitions, tandis que les officiers congédiés, à pied, à cheval, ou même en voiture et entourés d'une suite de laquais, sollicitent une hospitalité qu'il est également imprudent de leur accorder et de leur refuser. De tous ces chemineaux, les plus redoutés et les plus haïs sont les Tziganes ; Charles Patin, en se rendant de Prague à Vienne, tombe au milieu d'une troupe de trois à quatre cents de ces sauvages, à peu près nus, « qui vivent dans une liberté telle qu'on ne la suppose pas dans la plus libre des républiques ». Malgré les mandats d'expulsion, chaque année de longues caravanes arrivent de la Hongrie et des Balkans. Pour arrêter leurs déprédations, on édicté des mesures atroces, qui accroissent encore la barbarie

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