Grûnhagen, II, p
35o LES JUIFS
ii,5ooen 171 5. On les détestait à cause de leur richesse et la jalousie de leurs concurrents trouvait trop souvent un appui dans le fanatisme des moines ou la sottise des magistrats. Le procès de l'un d'entre eux, Abelès, est un exemple des passions haineuses et niaises dont ils sont l'objet : on le condamne à mort, parce qu'il avait, disait-on, assassiné son fils, un gamin de douze ans, qui s'était converti ; — que le diable m'emporte, répétait le pauvre Abelès, si j'ai jamais frappé l'enfant; je ne savais même pas qu'il fût chrétien ; il se défendait « avec un tel acharnement qu'il fallut à plusieurs reprises le menacer de punition »; la Faculté consultée déclara naturellement que l'enfant était mort de mort violente. Quand Abelès se fut étranglé dans sa prison, on lui découvrit un complice; mis trois fois à la torture, celui-ci affirma toujours qu'il n'était pas entré dans la maison le jour de la mort de l'enfant, il n'en fut pas moins condamné à être roué. — Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, donne-moi la force de mourir dans ma foi, disait-il pendant que le bourreau le frappait ; quand on commença à lui briser la poitrine, son courage faiblit. Père, ordonne au bourreau de s'arrêter, dit-il au Jésuite qui assistait à l'exécution. — Reçois le baptême, j'ai là de l'eau bénite toute prête; un mot, et tu as l'immortalité. Le Juif obéit '. L'histoire n'olïre que trop d'exemples de ces scènes d'idiotie et de fureur, mais le meurtre d'Abelès et de son complice semble vraiment résumer cette épouvantable époque ; elle est comme le couronnement de cette œuvre de sang qui avait commencé par les exécutions de la place du Tyn et avait déchaîné les passions égoïstes et les intérêts sanguinaires. L'abaissement moral n'était pas moins profond que la ruine matérielle ; ignorance et misère, toute la vie de la Bohême au xvn® siècle tient dans ces deux mots ; la décadence était si complète qu'on n'apercevait même pas de quel côté pouvait venir l'espoir de jours meilleurs et que même les influences qui, dans d'autres circonstances,