LES INFLUENCES ÉTRANGÈRES
nos classiques, admirés plus que goûtés, ouvrent la voie aux philosophes de l'époque suivante qui seront bien vraiment les conducteurs de l'Europe éclairée ; nos goûts et nos modes pénètrent partout, c'est un entraînement universel, une religion qui n'a pas d'infidèles; notre hégémonie demeurera incontestée jusque vers 1780, où les influences proprement germaniques commencent à se substituer à l'action de la France.
Pour le moment l'Allemagne est encore trop affaiblie et trog grossière pour fournir des modèles, son rôle se borne à servir d'intermédiaire. C'est chez elle que se répand le mot : A la Mode, qui devient la devise de l'Europe entière et en particulier de la Bohême. Les ordonnances fiscales qui interdisent l'introduction des produits français, n'arrêtent pas l'invasion de nos articles; le costume français remplace le costume espagnol, les enfants sont élevés par des précepteurs français, les maîtres de danse deviennent une des plus importantes corporations de Prague ; ce ne sont que reverentsi, kaprioli, paspje, menuetti d'amur '. Au début, cette imitation est surtout extérieure, elle est maladroite et frise parfois le ridicule. En somme, elle fut, utile. Il n'est pas très difficile de railler les perruques et la queue, mais il y avait quelque avantage à réveiller chez cette génération dégradée par la guerre, les sentiments de courtoisie et d'élégance. Les contemporains de Louis XIV manquaient un peu de simplicité et nous leur reprochons volontiers de s'être plu à tourmenter la nature; quand on a vu de près ce qu'était devenue cette nature, on ne sait pas si mauvais gré à ceux qui la disciplinèrent.
Ce qui est vrai, c'est que les conséquences heureuses qu'il était permis d'espérer de cette infiltration d'une civilisation plus raffinée, furent très tardives et incomplètes, parce que le terrain était trop mal préparé et qu'elle n'atteignit
1. Zibrt, La Danse en Bohême, p. 255-259. C'est sous Louis XIV, écrit-il, que la domination du goût français atteint son apogée. Il y aurait peutêtre quelques réserves à faire sur ce point, mais c'est vrai en ce sens qu'à ce moment-là, entre le déclin de l'Espagne et le réveil de l'Allemagne, la France est la directrice unique de l'opinion.