‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 189 sur 325 · LA VIE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

LA VIE LITTÉRAIRE

Brandebourg, apportaient des bibles hérétiques ou des brochures protestantes ; il ne se passait pas d'année que l'on ne saisît et que l'on ne brulàt solennellement quelqu'une de ces pacotilles suspectes. Comme les Pères avaient peu de confiance, — et avec raison, — dans la science des prêtres de village, ils préféraient condamner en bloc tous les livres ; leurs missionnaires répandaient dans le peuple la haine et la peur de la lettre moulée et faisaient de l'ignorance des foules la complice de leur fanatisme. — « Que de fois, écrit Balbin, j'ai sauvé des livres et des manuscrits qui étaient réservés au poivre du juif! » — Un jour, il tombe par hasard sur un tas d'ouvrages, à moitié déchirés, dont il reconnaît bientôt l'intérêt; il les signale au propriétaire, lui demande d'en prendre soin. — « Mon Père, si tu étais venu trente ans plus tôt, tu aurais trouvé cette chambre pleine de livres, plus pleine qu'un grenier de grains. Nous en tirons tous les jours du papier pour les divers besoins de la maison '. »

Il n'y avait pas là de quoi encourager beaucoup les jeunes auteurs. La Moravie, pendant la seconde moitié du XVII® siècle, produit en tout vingt écrivains, je veux dire vingt personnes qui, dans un langage plus ou moins correct, ont laissé quelques pages insignifiantes; dans le nombre cinq jésuites, sept autres religieux, quatre prêtres, un noble, le dernier qui s'intéresse à cette langue qu'ont illustrée Tstibor de Tovatchov et Zérot}^. En Bohême, on arriverait à un total de loo à i5o.

Quelques ecclésiastiques s'émurent : leur œuvre étaitelle terminée quand ils avaient détruit les livres suspects, et ce peuple, qu'ils voulaient conduire à Dieu, n'avait-il pas le droit de connaître la Bonne-Nouvelle que le Rédempteur leur avait apportée ? Un des prédicateurs jésuites les plus célèbres, si populaire qu'il réunissait, dit-on, autour de lui sur la Montagne Sainte jusqu'à 60,000 fidèles, Mathias Chteyr, n'avait jamais goûté les auto-da-fé ; il

Page 1