Winter, La vie municipale en Bohème, I
succès modifient très sensiblement la carte ethnographique du pays qui a dès lors la physionomie générale qu'il conserve à peu près de nos jours.
Elle évoque l'idée d'une forteresse dont les bastions ont été forcés sur trois côtés ', mais tandis qu'au nord-est et au sud les assaillants n'ont pas dépassé le pied des remparts,
ils s'avancent en rangs pressés à l'ouesFet au nofd^^ouest, de manière à former autour de Prague un demi-cercle irrégulier qui est défendu à l'intérieur par Mlada-Boleslav, Roudnitse, Rakovnik, Kralovitse et Plzein. En face, Litomierzitse (Leitmérits), Most (Brlix), Zatets (Saaz), Zloutitse (Luditz) et Strjibro (Mies) sont comme les postes d'attaque des Allemands ; c'est autour de ces divers centres que se livrent les batailles les plus acharnées et que se décide la victoire. Les ailes des Allemands sont couvertes au nord par Boehmisch-Leipa et Reichenberg et à l'ouest par Eger qui est déjà plutôt un poste avancé de l'Empire qu'une ville bohème. Pour achever l'envahissement, il leur eût fallu occuper les coteaux qui séparent la Bohême de la Moravie : les ilôts de Niemetsky-Brod (Deutschbrod) et de Jindrjichov-Hradets (Neuhaus) sont comme les amorces de ce plan et s'avancent d'une part vers Kroumlov et les Allemands de Bavière, de l'autre vers Landskron et la Silésie; mais de ce côté, l'élan a été trop faible et ces postes d'aventure, isolés et cernés, sont désormais destinés à disparaître dans un temps plus ou moins prochain.
L'étude des variations historiques de la frontière ethnographique prouve que la résistance tchèque au xvii* siècle fut très énergique et relativement heureuse. Au sud, sur le versant des monts de Bohême, où la population est peu dense, les Allemands occupent Kroumlov (vers i653), Prachatitse (vers 1659) et Vimperk, et ils s'établissent plus solidement dans les environs de Boudiéjovitse qui était déjà allemande au xvi' siècle; leur domination n'y fut
I. V. Frantscv, Nouv. carte ethnogr. de la Boh. du N., Saint-Pétersb. 190 1. Pour la Bibliographie générale, v. Aucrbach, Les langues et les nationalités en Autriche-Hongrie, Paris 1898
jamais pourtant qu'assez précaire et la conquête récente de Boudiéjovitse par les Slaves les protège de ce côté contre tout danger réel. A Domazlitse (Taus) les Tchèques atteignent presque la frontière naturelle du pays; audelà, les montagnes s'abaissent et des passages ouverts sollicitent en quelque sorte l'invasion vers les riches et grasses régions de Plzein et de Zatets ; plus loin, les Monts Métalliques, plus élevés que les Monts des Sapins, ne sont guère moins accessibles, et les gradins allongés par lesquels ils s'abaissent vers la Saxe, ont à toutes les époques facilité l'ascension des Allemands et leur descente sur le versant intérieur, en même temps que les richesses minérales, les sources médicinales et la fécondité naturelle du sol attiraient leurs colons ; dès qu'ils ont pénétré dans le pays, ils trouvent une protection dans les collines du Centre et le massif qui domine la rive droite de la Haute-Eger. Ils étaient donc là dans les conditions les plus favorables pour étendre leur domination. Ils s'avancent au xvii* siècle jusqu'aux environs de Plzein qu'ils dominent, et ils rencontrent un appui précieux dans les couvents, dont le personnel se recrute surtout parmi les étrangers et qui racolent des paysans dans l'Empire '. On peut craindre un moment qu'ils n'occupent toute la vallée de la Berounka et, en s'établissant fortement à Beroun, aux portes de Prague, ne menacent la métropole à la fois par l'ouest et par le nord. Du moins, ils tiennent solidement l'Eger, depuis qu'ils sont définitivement maîtres de Zatets ; ils remontent le cours de l'Elbe et s'emparent de Litomierzitse % leur dernière con-
1. On remarque aujourd'hui dans les environs de Plzein, vers le sudouest, sur l'ancienne seigneurie de Chotiechov, une sorte de poste avancé des Allemands; quelque 20,000 habitants parlent le dialecte du Haut-Palatinat; jusqu'au milieu du xvu^ siècle, cette région était purement tchèque; ce sont les religieuses qui ont poursuivi ici une colonisation systématique du pays et cet exemple n'est pas isolé, bien qu'il soit plutôt rare.
2. L'histoire de Litomierzitse est intéressante parce qu'elle nous permet de suivre dans le détail l'évolution qui se produit dans toute cette région de l'ouest. Pendant tout le xvi« siècle les Slaves luttent, plutôt péniblement, contre l'infiltration étrangère. La persécution ruine la vieille bourgeoisie : cinq cent protestants s'enfuient. L'administration reste encore assez longtemps entre les mains des Tchèques : médiocres patriotes pourtant que ces
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quête; ils poussent une pointe vers Mielnik, mais sans y entrer.
Au sud des monts des Géants, les Allemands occupent depuis une époque fort ancienne un cône tronqué irrégulier dont la base s'étend de Braunau (Broumov) à Rochlitz (Rokytnitse) et dont les centres d'expansion sont à l'est Trautenau (Troutnov) et à l'ouest Hohenelbe (Vrchlabi) ; leurs gains se réduisent ici à quelques communes, mais plus à l'est le comté de Glatz, où les Tchèques se maintenaient encore en partie, est complètement germanisé.
Sans vouloir contester l'importance des territoires perdus par les Tchèques, leurs défaites n'expliqueraient qu'en partie le découragement et les lamentations des patriotes du xvii^ siècle. L'érosion des frontières était relativement insignifiante, comparee„L la défection des classes supérieures, et la disparition des Slaves semblait devoir être moins le résultat de la pression extérieure que l'effet d'une abdication volontaire.
Les souverains favorisaient cette évolution, assez mollement d'ailleurs et en se bornant d'habitude à laisser agir les influences générales qui servaient les progrès de l'allemand. Les historiens tchèques signalent avec une complaisance attentive les marques de sympathie que les Habsbourgs ont données à leur langue : la liste en est assez vite épuisée et la plupart des anecdotes édifiantes qu'ils rapportent ne résisteraient pas à un examen sérieux. Léopold P"", qui parlait assez médiocrement l'allemand, ne savait pas le tchèque; Charles VI et Marie-Thérèse ne seront pas plus instruits. La cour est exclusivement allemande et. sous son action, l'allemand devient la langue à peu près exclusive de l'administration, non seulement dans les rapports avec Vienne et les directions centrales, mais dans l'inté-
conseillers qui, en 1664, appellent un instituteur saxon pour diriger l'école jusqu'alors tchèque. Les registres municipaux sont cependant encore en slave en 1703. La prédication tchèque se maintient jusqu'en 1782 où les habitants en demandent la suppression à l'archevêque qui refuse. Elle disparaît bientôt après. Il y a aujourd'hui à Litomierzitse 10,000 Allemands et 1200 Tchèques (Tieftrunk, Journal du Musée bohème, 1874).