DECADENCE NATIONALE
phémer ainsi, Vchchrd, Slavata et notre Comenius, dont le style est si précis et si pur et qui n'a pas eu besoin d'emprunter des mots étrangers pour traiter de médecine et de philosophie. O patron suprême du pays ! Très grand, très puissant Venceslas, sois le rénovateur de la patrie! Rends aux Tchèques leur ancienne gloire! Remets-nous à la place d'où nous sommes déchus par nos propres fautes, par la haine criminelle des étrangers et par la servilité de beaucoup des nôtres! Notre défaite ne serait-elle pas ta propre défaite? Tu n'obtiendras pas des nouveaux habitants de ce pays la vénération et l'amour que ce pays tchèque t'accorde depuis tant de siècles. Nous crions vers toi et nous te supplions : Ne nous laisse pas périr, nous et nos descendants!
Il y a certainement dans l'Apologie de Balbin une sincérité d'accent et une émotion qui prouvent l'exagération des historiens qui parlent du xvii* siècle comme d'une époque de marasme complet. Pas plus que les libertés du royaume, les traditions nationales n'ont disparu d'un coup et un temps assez long s'est écoulé avant que les Tchèques se soient résignés à leur déchéance. De même que, dans la diète, en face de la fraction de la noblesse qui, ralliée sans réserve à la royauté, confondait désormais sa propre cause avec celle des Habsbourgs, un groupe conservateur opposait aux envahissements de l'absolutisme et de la centralisation une résistance peu bruyante, non pas toujours inefficace, une partie de la population subissait avec une visible tristesse l'invasion des mœurs et de la langue allemandes, et il n'est pas douteux que Balbin a eu nombre de protecteurs et d'amis. Il convient cependant, en rappelant ces faits, de ne pas en exagérer la portée. L'arbre atteint dans ses racines poussait encore quelques frêles rameaux; sa sève était si languissante qu'il semblait qu'une secousse brusque devait suffire pour qu'il s'abattît sur le sol. Ce qui manque à Balbin et à Péchina, c'est avant tout la confiance; on a la sensation en les lisant qu'ils ne combattent
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que pour sauver l'honneur ; ils disent eux-mêmes qu'ils « écrivent l'épitaphe de l'ancienne histoire ». N'est-ce pas d'ailleurs une preuve assez claire de la décadence que Balbin se serve du latin pour écrire la défense du tchèque; à la fin du siècle suivant, Kinskydans le même but aura recours à l'allemand ! Étrange moyen de remettre le slave en honneur. Aussi la langue se corrompt et s'altère rapidement : les auteurs qui écrivent en tchèque, de plus en plus rares, n'impriment pas leurs ouvrages et le développement normal de l'idiome national est interrompu ; il se renferme de plus en plus dans les classes inférieures où il s'appauvrit, tandis que des grammairiens ignorants le déforment sous prétexte de l'épurer. Au point de vue national ainsi, comme au point de vue politique, la Bohême, sous le règne de Léopold, nous présente l'image d'un édifice vermoulu, qui ne tient plus debout que parce que les démolisseurs, après en avoir sapé les fondements, ont jugé inutile de compléter aussitôt leur œuvre. Les formes de la constitution subsistent, l'esprit de liberté et d'indépendance qui les vivifiait s'est évaporé; la masse du peuple demeure tchèque, mais, abandonné à ses seules ressources, ignorant et misérable, il est tout au plus capable de prolonger l'agonie du dialecte national, sans qu'il puisse sortir de son sein épuisé aucune de ces œuvres glorieuses qui sont à la fois la preuve et la justification de la vie. Les rois, dont l'intelligence est médiocre et les ambitions bornées, n'éprouvent aucune hâte de remplacer par de nouvelles constructions une masure qui suffit tant bien que mal à leurs besoins. Ils ne seront tirés de leur quiétude que par l'ambition de Frédéric IL Jusque là, jusqu'au moment où Marie-Thérèse, sous le coup des invasions prussiennes, entreprendra de créer une monarchie autrichienne et de tirer les conséquences logiques des prémisses posées par Ferdinand II, ils se bornent à déblayer quelques ruines, ils assistent à la désagrégation qui continue plus qu'ils n'y travaillent, et le pays, rongé par une anémie croissante, s'affaisse lentement et se courbe vers le tombeau.