CHAPITRE IV
Les derniers Habsbourgs
Retentissement en Bohème des guerres contre la France et contre la Turquie. L'insurrection servile de 1680. Les incendies. — La soumission définitive de la Hongrie ouvre une nouvelle période de l'histoire d'Autriche; les origines du dualisme. — Les progrès de la Prusse amènent les Habsbourgs à essayer de constituer plus solidement leur pouvoir. — Charles VI et la Pragmatique Sanction. — Le dernier efforLj>oar étabHr^ l'unité morale : Zinzendorf et les Frères moraves. Nouvelle persécution contre' les Prôfestants; le jésuite Koniach. — La canonisation de Saint- Jean Népomucène : l'apogée de la puissance des Jésuites. — Conséquences désastreuses de leur influence, ruine de toute vie intellectuelle et morale. — Extension du pouvoir central. La politique économique de Charles VI et les progrès de l'industrie bohème. Les dangers et les avantages de cette renaissance économique. La première lueur d'un esprit nouveau. Sporck et les Francs-Maçons.
De 1648 à 1740, les guerres qu'engage un peu partout la maison d'Autriche n'intéressent la Bohême que par les sacrifices qu'elles lui imposent et qui, joints à la mauvaise administration du pays et à l'oppression féodale, font peser sur les épaules du peuple un fardeau accablant. Le demi-siècle que remplissent les luttes contre Louis XIV, est aussi une des périodes les plus mornes et les plus tristes qu'il soit possible d'imaginer. A d'autres époques, le pays a traversé des crises plus aiguës, jamais la vie n'a été plus plate, l'apathie plus universelle, le niveau intellectuel et moral plus bas; les seuls incidents qui troublent cette décadence continue, sont quelques émeutes populaires, quelques agitations religieuses, que répriment aisément les autorités politiques ou ecclésiastiques.
38o LES GUERRES TURQUES
En 1673 s'ouvre une période de combats qui se prolonge à peu près sans interruption jusqu'aux traités de Rastadt et de Bade. Contre les Habsbourgs, Louis XIV cherche des alliés dans les Turcs et dans la noblesse hongroise menacée dans ses libertés politiques et religieuses. Léopold est. ainsi obligé de faire face de deux côtés à la fois et cette situation se traduit par de lourdes augmentations d'impôts, sans parler des souffrances de toutes sortes qui sont la suite de la guerre. En 1 663, la Moravie est ravagée par les Turcs : ils pénètrent jusque dans l'ouest de la province et en Silésie, dévastent à fond les régions de Brno et de Hradichtié, enlèvent des milliers de prisonniers; pendant plus de quatre ans, les communes ainsi éprouvées sont incapables de payer l'impôt '. Tant que l'insurrection continue en Hongrie, une grande partie du margraviat vit dans une terreur constante; presque chaque année, les travaux des champs sont interrompus, les paysans fuient leurs domaines, cherchent un abri dans les villes voisines; il faut que les municipalités entretiennent un service de messagers et d'espions pour prévenir les habitants, qu'elles relèvent leurs remparts, qu'elles organisent des milices; les routes sont parcourues chaque année par des bandes de soldats, recrues que l'on envoie aux camps, officiers de recrutement et de remonte, auxiliaires allemands qui rentrent chez eux; autant de pillards qui exploitent le royaume ^ En i6d3, le bruit se répand à Prague que les Turcs arrivent; à plusieurs milles à la ronde, les pa3'sans prennent la fuite, cherchent un asile dans la capitale, en si grand nombre que les portes suffisent à peine à les recevoir. A la nouvelle