‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 198 sur 325 · Slavik, la Moravie, p. ii · texte numérisé non relu

Slavik, la Moravie, p. ii

2. « i683. L'armée saxonne, qui rentrait dans sa patrie après le siège de Vienne, a commis de telles cruautés que beaucoup de gens ont abandonne leurs biens et se sont sauvés dans les bois avec leurs bestiaux et ce qu'ils avaient de meilleur. Les soldats ont enlevé tout ce qu'ils ont trouvé et, ce qu'ils ne pouvaient emporter, les troupeaux, les volailles, d'autres choses encore, ils l'ont jeté dans les marais et dans les fosses; ils ont vidé les étangs, et le poisson dont^ ils n'avaient pas besoin, ils l'ont laissé périr. Les Jésuites ont dû leur fournir vingt tonneaux de bière. » —Annales du collège de Brjcznitse, p. 6.

que les racoleurs sont dans le voisinage, tous les jeunes gens se sauvent dans les bois, de crainte qu'on ne les emmène à l'armée '. Il semble par moments que l'on est revenu aux années terribles de la guerre de Trente-Ans. Ce qui apparaît partout, c'est une prostration désespérée : « Comment nous en tirerons-nous? Je n'en sais rien; la situation du paysan est toujours mauvaise, et il faudra que les seigneurs périssent aussi peu à peu. » La misère excessive entretient dans le pays un mécontentement général qui se révèle quelquefois par de brusques secousses; la révolte rurale de 1680 par exemple et sans doute aussi le grand incendie de Prague en 1689, les deux épisodes les plus connus de l'histoire de Bohême dans la seconde moitié du xvH'' siècle, ne sont ainsi que la manifestation et la conséquence de l'oppression toujours plus lourde sous laquelle le peuple succombe.

« Que Dieu veuille une fois, écrit Pospichal, adoucir le cœur de notre maître, j:)our qu'il prenne pitié des paysans. » Cette confiance naïve vivait au cœur de la masse des serfs : il n'était pas possible que le roi connût leur détresse, il ne l'aurait pas tolérée; il suffisait de l'avertir, pour qu'il apportât un remède à tant de maux. Aussi, quand la nouvelle se répandit que Léopold devait passer quelque temps à Prague, une sourde agitation se propagea dans les campagnes. Ces populations anémiées par de longues années de misère offraient aux épidémies un terrain favorable; en 1679, la peste sévissait à Vienne et l'épouvante augmentait encore jusqu'aux imaginations les plus fantasques le chiffre des victimes; on parlait de 5o,ooo personnes mortes dans les hôpitaux de Vienne; dans la ville, 140,000 hommes auraient péri. Les ministres de Léopold, par crainte de rendre quelque éclat à la vieille résidence ro3'ale des Hratchany, conseillaient à l'Empereur qui fuyait l'épidémie, de chercher un asile à Lintz ou à Gratz ; les médecins consultés répondirent que la Bohême était indemne et qu'il n'y avait aucun

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