Tome I. I
L'honneur que je recherche n'est pas de laisser une œuvre définitive, mais d'inspirer à d'autres la volonté de faire mieux que moi.
J'ai eu l'intention d'écrire un livre de bonne foi. J'ai toujours dit ce que je croyais être la vérité, même quand je savais qu'elle froisserait des amis qui me sont chers; j'ai essayé de juger sans injustice les hommes qui me sont le plus odieux. Quant à l'indifférence sereine qu'une certaine école prétend réclamer des historiens, je n'y crois pas et je ne l'ai jamais rencontrée. Entre les bourreaux et les martyrs, entre les tyrans et les victimes, il ne m'est pas possible de rester neutre; je hais l'oppression sous toutes ses formes, je crois au triomphe de la justice, et c'est pour cela que la cause de la Bohême m'est chère. Si elle succombait, ce qui me paraît impossible, la part d'iniquité, déjà si grande dans le monde, serait accrue.
Je n'ai dissimulé aucune des erreurs des patriotes tchèques ; je crois malgré tout qu'ils ont écrit une des plus belles pages de l'histoire de l'humanité. Quand le jour sera venu où les nations, désabusées des rêves d'une fausse gloire, comprendront que l'intérêt commun exige le respect de toutes les libertés, quand les consciences éclairées auront brisé les autels des faux dieux, on placera au premier rang des évocateurs du monde nouveau les Dobrovsky, les Havlitchek et les Palatsky. Ils nous ont appris la puissance du droit et la force du dévouement ; pour triompher des haines attardées qui s'obstinent à contester une victoire désormais certaine, les Tchèques n'ont qu'à s'inspirer de leurs leçons. Pour moi j'ai la conviction qu'en répandant leurs noms et leurs doctrines, j'aurai contribué à élever les âmes de tous
ceux qui me liront et à les affranchir des préjugés de
haine et d'orgueil.
Juin 1902.
Pour la terminologie géographique, j'ai adopté les noms tchèques ou allemands, suivant que la population est allemande ou slave, de manière à donner autant que possible l'impression de la réalité.
J'ai cherché à rendre aussi fidèlement que possible la prononciation des noms propres. "
Je ne donne que la traduction française du titre des ouvrages tchèques que je cite.
ai cru utile d'alléger le plus possible l'appareil bibliographique. J'indique, au début de chaque chapitre, les ouvrages essentiels ; dans le récit même, je ne renvoie aux textes que quand il s'agit d'un fait controversé ou quand j'emprunte mes renseignements à une étude peu connue. Les historiens bohèmes reconnaîtront facilement mes sources et quant aux lecteurs français, il est vraiment bien superflu de les fatiguer par l'étalage pédantesque d'une vaine érudition.