‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 20 sur 325 · Theatrum Europœum, p · texte numérisé non relu

Theatrum Europœum, p

intelligents, qui connaissent les réalités politiques et qui n'ignorent pas que ce n'est pas sans quelque contrainte qu'on ramène une nation dans le giron de l'Église. Il ne dissimule nullement d'ailleurs le rôle qu'a joué la force dans la conversion des Tchèques: «Beaucoup d'entre eux, poussés par la peur, se hâtèrent de se faire instruire ; Dieu tourna en bonne disposition la crainte humaine, et ils acceptèrent le Catholici^sme ; une fois que la vraie religion eut ainsi commencé à se répandre, les plus résistants faiblirent et on connut ainsi que la force seule pouvait ouvrir l'intelligence des Bohèmes et les diriger dans la bonne route '. » Les apologistes des Jésuites publient un Mémoire qu'ils présentèrent à Ferdinand II en 1624 et qui est, en effet, très remarquable, mais il établit avec une incontestable clarté qu'ils condamnent toute liberté religieuse: — «Votre Majesté est tenue de purifier le royaume de l'hérésie, de l'erreur et des hommes qui la pratiquent et la répandent, non seulement quand les prêtres sollicitent votre secours, mais spontanément, en vertu de vos fonctions. » Dans les temps actuels, alors qu'aucun obstacle grave ne saurait excuser la négligence du prince, son devoir est plus impérieux; « il découle de la loi divine naturelle dont aucune puissance spirituelle ne peut délier » ; le souverain ne doit pas tolérer dans ses États une confession autre que la religion romaine; « les hérétiques précisément parce qu'ils sont hérétiques, sont hautains, remplis d'eux-mêmes et ils placent leur jugement bien au-dessus de celui de l'Église, si bien qu'on ne peut les amener que par crainte à écouter les prédicateurs orthodoxes. La crainte inspirée par l'autorité royale prépare le dévouement et l'obéissance; dans la nature tout s'élève par degré vers le bien, d'abord l'animalité, puis l'esprit, d'abord la crainte et l'angoisse, puis l'amour de la vérité et de Dieu ". »

1. Solam vexationem Boliemis posse mtellectiim pvxbere eosque in bonam viam dirigere. — Caraf., Comm. (Aversa i63o, in-4), p. 100.

2. Le Mémoire des Jésuites a été publié par Gœrres, Hist. polit. Blœtter filr das katli. Deutsdiland, i856, p. 888 ctsqq.

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