‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 21 sur 325 · MODÉRÉS ET RADICAUX · texte numérisé non relu

MODÉRÉS ET RADICAUX

Ces paroles sont claires et elles suffisent pour trancher le débat. Il est sans doute intéressant — et nécessaire — d'établir dans quelle mesure les ecclésiastiques et en particulier les Jésuites ont été directement mêlés aux violences dont les protestants ont été les victimes et de rechercher sur quel point leurs mstructions ont été dépassées. Mais, en admettant même, ce qui n'est pas, qu'ils n'aient pris aucune part directe à ces vexations, les jugements de l'histoire n'en seraient pas sensiblement modifiés, parce que ce qu'elle combat, c'est la théorie même de l'Église romaine, d'après laquelle la foi ne résulte pas de la discussion et de l'examen, mais de la volonté, de sorte que la papauté d'abord, les rois ensuite, qui sont les exécuteurs de ses ordres, ont le devoir de courber sous sa loi leurs sujets récalcitrants.

D'accord sur les principes et sur la fin dernière, les catholiques hésitèrent et se divisèrent sur les mo3'ens d'exécution; il y eut pendant assez longtemps un certain flottement, qui tint à la fois à des rivalités personnelles et à l'indécision ordinaire du souverain. D'une façon générale on croit distinguer deux tendances assez nettes ; en face des laïques qui recommandent les mesures radicales et violentes, les ecclésiastiques sont plus préoccupés de fournir aux hérétiques des moyens d'instruction, songent à assurer le recrutement du clergé et veulent au moins donner une préface morale aux conversions imposées par la force. Pendant très longtemps, presque un demi-siècle peutêtre, ce ne sont là que des vœux sans résultat réel. La moisson est riche, mais les travailleurs manquent : les anciens prêtres, très peu nombreux, grandis au milieu de l'hérésie, sont suspects, très justement : leur instruction est misérable, leur foi incertaine, leur moralité douteuse. Pour les suppléer, on a appelé après laMontagne-Blanche des volontaires de tous les pa3^s, Allemands, Polonais, Belges, Italiens : le pays est inondé de robes de toute coupe, de frocs de toutes couleurs, Augustins, Carmes, Barnabites, Dominicains, Servîtes, Franciscains, — puis les nonnes, non

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