LA PRAGMATIQUE SANCTION
au dehors; pour déconcerter les prophètes lugubres et les propagateurs de pronostics 'macabres, non moins que pour trouver la force de repousser les voisins trop pressés d'accomplir leurs prédictions, le meilleur moyen n'était-il pas d'effacer les différences qui subsistaient encore entre les différents groupes et de transformer enfin en un véritable empire ce qui n'était encore qu'une agglomération d'états autonomes?
Il importait d'abord de mettre hors de contestation l'unité territoriale dé la monarchie et pour cela de fixer les règles de la succession au trône. Charles VI resta longtemps sans enfant; le fils qu'il eut en 1716, mourut presque aussitôt ; la naissance de Marie-Thérèse en 17 17 ne fit que prouver la nécessité d'apurer la situation qui n'était rien moins que claire. En Bohême, la Charte de 1627 avait solennellement proclamé l'hérédité de la couronne en ligne féminine ; il n'en était pas de même en Hongrie, et les diverses résolutions par lesquelles les chefs de la maison de Habsbourg, avaient déterminé les droits respectifs des divers candidats au trône, obscures et contradictoires, avaient créé une extrême confusion juridique '. Le 19 avril 171 3, Charles VI convoqua les Grands Officiers de la couronne et leur présenta solennellement la Pragmatique Sanction : les états réunis sous le sceptre des Habsbourgs ne pourraient dans aucun cas être morcelés et se transmettraient en ligne masculine d'après le droit de primogéniture ; si les héritiers mâles venaient à manquer, la couronne passerait d'abord aux
I. La Pragmatique Sanction a donné naissance à une littérature fort abondante, mais où la question n'est en général traitée qu'au point de vue juridique. Les travaux les plus intéressants sont: Bidermann, Entstchung und Bedeutungder pragmatischen Sanction, et surtout l'article de Fournier, dans ses Histor. Studien und Ski^^en. Il a publié le texte du Pactum successionis, signé par Léopold en ijoS. Ce texte me paraît établir d'une façon formelle que la couronne, en l'absence d'héritiers mâles, devait revenir d'abord aux filles de Joseph I"^"" et ensuite seulement à celles de Charles VL Luschin (Reichsgesch., p. 402) arrive à des conclusions opposées. La question n'a plus aucune importance, mais cela prouve combien il était urgent d'enlever aux adversaires de Marie-Thcrèsc les arguments qu'ils auraient trouvés dans cette obscurité.