LA PRAGMATIQUE SANCTION
rent avoir assez fait en suppliant humblement le roi de confirmer leurs privilèges, et Charles VI vint en effet se faire couronner h Prague et jura à cette occasion de respecter les coutumes et les droits du royaume (1723). Malheureusement ces droits manquaient d'autorité et ces coutumes étaient obscures; aussi les empiétements de la cour recommencèrent aussitôt, avec d'autant plus d'impudence que les récents débats avaient montré ce qu'il était possible d'exiger de l'oligarchie tchèque sans épuiser sa soumission.
Charles VI s'occupa ensuite de faire reconnaître par les souverains de l'Europe la nouvelle loi fondamentale de la monarchie. La peine qu'il y prit prête à la raillerie, quand on songe au faible profit que tira Marie-Thérèse des parchemins accumulés par son père; et pourtant cette longue campagne n'a pas été inutile. — L'Autriche contemporaine date de la Pragmatique; c'est encore aujourd'hui la pierre angulaire sur laquelle repose la monarchie : acceptée officiellement par des assemblées qui représentaient légalement les divers pays, elle est la seule charte constitutionnelle dont l'autorité soit reconnue par tous. Sans doute, ce qui, en dépit de leurs querelles, tient réunis ensemble les peuples qui se disputent sous le regard résigné et placide de François-Joseph, c'est la tradition, la communauté d'intérêts, et en premier lieu la conviction qu'une rupture violente entraînerait pour tous les plus déplorables conséquences. Charles VI du moins a eu le mérite de donner à ces sentiments confus une expression juridique; il a opposé aux velléités séparatistes un titre formel, un pacte régulier, et accru ainsi dans une proportion impossible à déterminer, mais sensible, les chances de durée de l'état.
Personne n'eut à ce moment la pensée de se demander si quelques dizaines de seigneurs étaient bien fondés à agir comme mandataires de la nation. Charles VI ne regardait pas cependant comme indifférente l'opinion du peuple, et les mesures qu'il ordonna pour achever la ruine de l'héré-
sie, se rattachent à la même préoccupation politique que la Pragmatique. Comme Louis XIV, il était convaincu que l'unité religieuse était la garantie et la condition de la puissance du monarque et il poursuivait dans les dissidents des adversaires de son autorité. De récents événements lui avaient rappelé les dangers que crée dans un état l'existence de confessions opposées, et la révolte des Camisards, la part prise par les protestants aux insurrections hongroises, surtout l'attitude des protestants Silésiens en 1706, l'avaient fortifié dans sa résolution de supprimer sur ses domaines les divergences de doctrine.
Quand Charles XII avait traversé la Silésie, au passage de rOder, un cordonnier à tête grise avait arrêté son cheval et lui avait déclaré qu'il ne le laisserait pas aller tant qu'il ne lui aurait pas promis de penser aux protestants persécutés. On était au milieu de la guerre de la succession d'Espagne et Joseph I" ne jugea pas possible d'écarter la demande du roi de Suède, que soutenaient ici la Hollande et l'Angleterre. Par le traité d'Altranstadt (1707), il s'engagea à restituer aux protestants de Silésie les églises qu'on leur avait injustement enlevées et, dans les principautés où le culte public demeurait interdit, à s'abstenir de vexations arbitraires. Les Habsbourgs eurent là l'occasion de voir quels pauvres résultats avait produits la persécution : dans certaines communes, il n'y avait pas un seul catholique; partout où les hérétiques n'avaient pas été absolument séparés de leurs pasteurs, partout où on n'avait pas poursuivi pendant de longues années un régime de terreur et de violences, les dissidents étaient demeurés obstinément fidèles à leur ancienne croyance.
Charles VI conclut de cet échec, non pas, comme il eût paru naturel, qu'il fallait renoncer à un système condamné par l'expérience, mais à la nécessité de l'appliquer avec une méthode plus rigoureuse. L'agitation anti-catholique s'était propagée en Bohême, et une pétition, adressée au roi de Suède par des paysans des environs de Litomychl, fut saisie par les seigneurs; les chefs furent punis, sans que