‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 22 sur 325 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

5o MODÉRÉS ET RADICAUX

moins nombreuses. Le tumulte de ces fondations nouvelles remplit l'histoire, donne l'impression d'un fourmillement d'activité et de vie ; l'Eglise en profitera sans doute, beaucoup plus tard. Pour le moment, l'ardeur de ces conquistadores d'un nouveau genre s'épuise le plus souvent en d'égoïstes ambitions; ils cherchent avant tout la richesse de leurs maisons, se surveillent, se dénoncent ; la plupart ne savent pas le tchèque, et les fidèles, qui ne les connaissent que par leurs exigences, se serrent auprès de leur ancien pasteur qui n'est pas toujours beaucoup plus instruit, qui n'avait pas jadis une valeur morale très supérieure, mais que l'épreuve a purifié et qui représente le culte des ancêtres et la foi nationale. Les chefs se scandalisent des médiocres résultats de leurs efforts et sont ainsi tout naturellement amenés à recourir à des moyens plus énergiques et plus rapides.

D'autre part, la Bohême, — et la situation ne se modifiera qu'à la fin du xvni^ siècle, d'une manière encore fort incomplète,— est un état féodal ; les Habsbourgs n'ont pas organisé d'administration qui pénètre jusqu'au peuple : le seigneur exerce la police et la justice, nomme le curé, surveille l'école, promulgue la loi et tient la main à son exécution. Les neuf dixièmes de ces seigneurs sont hérétiques, peu disposés à se convertir, non pas toujours par conviction, mais par orgueil de race, respect des aïeux, espoir de prochaines revanches, et leur résistance, déclarée ou sourde, réagit sur la masse du peuple et arrête les progrès des missionnaires. Ceux-ci s'impatientent et s'irritent et ils demandent aux autorités séculières de leur ouvrir les voies et d'appuyer leur propagande ; pour cela, on chassera les anciens pasteurs et on transmettra l'autorité à des hommes d'un dévouement éprouvé et d'une soumission certaine; dans la constitution sociale de l'époque, cela entraîne un bouleversement complet de la propriété, une ruine absolue de l'ancienne noblesse. Le plan de spoliation, né parmi les ministres de Ferdinand qui espèrent y trouver les ressources financières nécessaires pour continuer la guerre,

appuyé par les favoris qui sont à l'affût d'un riche butin, est ainsi accepté par les chefs religieux de la contreréforme, parce qu'ils y voient la condition indispensable de leur succès. C'est une préface nécessaire : la vieille aristocratie bohème est décidémem trop réfractaire, trop attachée à ses insolentes libertés : quand on aura fait table rase, une nation nouvelle surgira de ce sol purifié.

Il est probable qu'au début Ferdinand et ses conseillers immédiats n'aperçurent pas toute la portée du plan qu'on leur proposait. « Il n'a jamais été, écrivait l'Empereur à Liechtenstein, et il n'est pas dans notre intention de chasser et de détruire la noblesse bohème, mais de la garder sous notre protection, à condition que notre royaume ne soit plus menacé par l'émeute et l'insurrection '. » Ils furent rapidement entraînés, à la fois par la logique de la situation et par les convoitises furieuses qu'ils avaient déchaînées. Les conversions, obtenues par l'épouvante, ne présentaient évidemment aucun caractère de sincérité, et dans l'état de tumulte où demeurèrent les affaires d'Allemagne jusqu'en 1648, les catholiques jugèrent dangereux de laisser derrière eux, pendant leur poussée offensive vers le nord, une population aigrie par ses souffrances ; les hommes, que l'on charge de ces basses œuvres, sont d'ailleurs nécessairement des hommes de rapine, et ceuxmémes qui, au début, avaient dans une certaine mesure été dominés par des considérations plus nobles, furent corrompus bien vite par la contagion ambiante. C'est le stigmate particulier de la réaction catholique en Bohême au xvn^ siècle : d'autres ont été plus sanglantes et le nombre des victimes qui périrent directement sur l'échafaud ou dans les tortures ne fut pas relativement très élevé, surtout si l'on songe à la durée de la persécution ; aucune n'apparaît plus ignoble, plus souillée de calculs misérables; les bourreaux des Pays-Bas inspirent plus d'épouvante, mais moins d'aversion que les tripoteurs qui autour de Liech-

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