‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 221 sur 325 · LA VIE LITTÉRAIRE 43 I · texte numérisé non relu

LA VIE LITTÉRAIRE 43 I

la jeunesse. Les Jésuites n'ont d'autre pensée que d'arrêter aux frontières de l'Autriche les vagues de ce flot troublé et bouillonnant, mais chargé d'un riche limon; ils n'offrent au peuple pour aliment que les sottises de prédicateurs niais ou d'hagiographes ridicules.

La littérature profane se réduit à quelques pauvres récits romanesques empruntés à l'étranger ou à quelques vers didactiques ou satiriques, dans lesquels il ne m'est même pas possible d'apercevoir l'intérêt documentaire qu'y signalent quelques critiques complaisants. La langue achève de se corrompre. Les prêtres, obligés de la parler pour être entendus de leurs paroissiens, la savent mal et ne l'aiment guère; sous leur main maladroite^ elle se mêle de formes incorrectes ou de néologismes barbares. Prague perd la pujssance__dlattraction qui retenait autour d'elle la masse des Tchèques et les dialectes locaux com- V ^ëncenfà se substituer à l'idiome national. Matchaj, l'écrivain catholique le plus fécond et, somme toute, le plus remarquable qu'ait produit à cette époque la Slovaquie ',

et à sa suite l'école de Trnava, s'écartent peu à peu de la langue littéraire commune et préparent le schisme lamen table qui privera les Tchèques du royaume de l'appui dès tribus slaves qui peuplent la Hongrie septentrionale. La Moravie ne fut peut-être protégée contre une scission analogue que par la torpeur absolue dans laquelle elle était plongée. Partout des symptômes d'anarchie et de décom- ^osîtiom

Le gouvernement lui-même finit par s'en émouvoir. En 17 10, Joseph P"" ordonna une enquête sur l'état de l'Université de Prague. Elle constata que les professeurs s'ingéniaient à rendre les leçons publiques aussi vides que possible, afin de forcer les étudiants à payer des conférences particulières; la Faculté de médecine se composait de trois professeurs qui le plus souvent ne paraissaient qu'aux

I. Matchaj, moine slovaque, publie en 1718 un recueil de sermons, PaJies primitiarum ou les Pains des Prémices; le dialecte slovaque y a laissé des traces profondes.

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examens, pour y recevoir les candidats les plus ignares, pourvu qu'ils payassent régulièrement les taxes ; en 22 ans, il y avait eu deux ou trois dissections. — Les Jésuites se montrèrent très étonnés des reproches qu'on leur adressait : depuis i58 ans, ils suivaient toujours les mêmes méthodes, et il était bien étrange qu'elles fussent brusquement devenues mauvaises! Le nombre de leurs candidats ne diminuait pas et leurs discussions n'étaient pas moins brillantes que par le passé. On leur demandait d'enseigner à ceux des étudiants qui ne se destinaient pas à la théologie, à la place de la scolastique, la géométrie et diverses branches des mathématiques : Dangereuses inventions d'hommes plus ou moins séduits par les erreurs de ce Descartes dont il était impossible de concilier les doctrines avec la foi romaine, et subtiles manœuvres du démon qui prépare l'attaque contre l'Église en renversant la scolastique! D'ailleurs, le professeur de philosophie à l'occasion ne négligeait pas de fournir les explications utiles sur les sciences nouvelles dont on réclamait l'introduction; si malgré tout on croyait certaines réformes nécessaires, ils consentaient à consacrer aux mathématiques trois-quarts d'heure par semaine au lieu d'une demiheure. — Leur obstination eut gain de cause et leurs théologiens continuèrent à discuter l'heure à laquelle commencerait le jugement dernier et le temps qu'il durerait; les auteurs classiques ne cessèrent pas d'être tenus en suspicion et l'histoire d'être proscrite; l'étude du droit se borna comme par le passé à quelques commentaires subtils et vides sur les Pandectes et l'étude du corps humain fut toujours regardée comme une hardiesse impie. La peste de 171 3 mit en lumière la décrépitude intellectuelle et morale qui découlait naturellement d'un pareil régime. Après avoir désolé Vienne et la Moravie, elle éclata à Prague au mois de mars. Les médecins et le* gouvernement témoignèrent d'abord de la plus coupable inertie; Charles VI avait ordonné la formation d'une commission d'hygiène; elle ne se réunit qu'au mois d'août. Les médc-

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