LA PESTE DE
cins commencèrent par réclamer une augmentation de traitement, puis ne songèrent qu'à se mettre à l'abri : quatre d'entre eux avaient été désignés pour se rendre à Louny où le fléau faisait rage ; ils refusèrent de partir et il fallut que la Lieutenance les menaçât de les y envoyer sous escorte. Les pharmaciens avaient élevé leurs tarifs et ils avaient obtenu du Conseil Académique un arrêté qui interdisait aux clients de pénétrer dans leurs boutiques; ils prenaient les ordonnances par la fente de la porte avec des pincettes et passaient de même les médicaments, si ignorants qu'ils ne savaient pas lire les demandes des médecins et confondaient les drogues les plus diverses. Après tout, le malheur n'était pas grand. La Faculté avait publié, — exclusivement en allemand, — une Instruction où elle préconisait contre la maladie la prière, les cantiques, l'invocation aux saints qui guérissent la peste, saint- Antoine, saint-Roch, saint-Sébastien, sainte-Rosalie, etc.; elle indiquait à la fin quelques remèdes, qui variaient suivant la classe des malades; pour les riches comme pour les pauvres, le plus sûr était encore de porter un scapulaire. Les autorités municipales n'étaient ni plus vigilantes ni mieux inspirées. Le Fossé, qui forme aujourd'hui la principale artère de la ville, n'était qu'un cloaque bourbeux; malgré les ordres de la cour qui menaçait le Conseil de séquestrer ses octrois, des tas de balayures et d'immondices s'entassaient devant les portes; les habitants vidaient les ordures dans les rigoles qui coupaient les rues et qui étaient souvent de véritables précipices ; la ville juive était une « sentine de scandales et de maux ' ». Il n'est pas très étonnant dans de pareilles conditions que la contagion ait enlevé loo victimes par jour '; le jour de la Saint-^'enceslas, il y eut 285 cas. Le gouverneur et les juges avaient pris la fuite, les relations sociales étaient suspendues; les églises étaient