‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 224 sur 325 · Hammerschmid parle d'environ 20,000 victimes · texte numérisé non relu

Hammerschmid parle d'environ 20,000 victimes

2. Svatek croit à 5o,ooo décès en Bohème. — Je reçois un recueil de documents de Schulz, Contributions à l'Itistoire des pestes dans le royaume de Bohême 1 531-1746. Il nous donne divers renseignements curieux, ainsi l'histoire d'un médecin, BouUe, qui ne réussissant pas à arrêter la mortalité, est accusé de propager la peste au moyen d'une poudre blanche qu'il répand sur le sol, et mis en prison. Malheureusement, la plus grande partie des pièces relatives au fléau ont été brûlées, sans doute pour qu'elles ne devinssent pas une cause de contagion, et, sur les points essentiels, nos connaissances demeurent aussi incomplètes qu'auparavant.

3. Hammerschmid, p. i3i,dit 120,000 appartenant aux serfs, 780,000 aux seigneurs. Ces chiffres sont curieux au point de vue de la richesse relative des seigneurs et des paysans.

22 chevaliers et i8 seigneurs. Les sessions se traînent monotones et stériles. La chronique d'Hammerschmid qui nous donne un tableau précis de l'histoire officielle de cette époque, se résume essentiellement en trois rubriques, les décès des membres de l'aristocratie, les fêtes religieuses et la somme des subsides; tout au plus cette énumération monotone est-elle interrompue par le rappel des ordonnances qui visent les « fainéants, vagabonds, soldats renvoyés et mendiants », ou des lois pénales contre les braconniers et les receleurs. Les rares personnes qui ont conservé un vague souvenir de l'antique indépendance, parlent une langue oubliée et que personne ne comprend plus.

Charles VI ne se montre en Bohême que douze ans après son avènement, et il n'y fût jamais venu, s'il n'eût jugé prudent de confirmer solennellement l'hérédité en ligne féminime et s'il n'eût compté aussi sur les merveilleux effets des eaux de Carlsbad pour obtenir le fils qu'il désirait si ardemment. Quand il arrive à Prague, il est harangué en allemand et en latin, et ce n'est qu'à l'entrée de la salle du trône que le grand burgrave lui adresse enfin quelques paroles en tchèque, auxquelles il répond en allemand; il prête en allemand le serment du sacre, et le slave disparaît plus encore dans le couronnement de la reine. Elle put avoir l'impression, dit Svatek, que la Bohême était, comme le Brunswick, sa patrie, un pays purement germanique. A peine arrivée; la cour ne songe qu'à repartir; les cavaliers tchèques sont traités avec une insultante désinvolture, et les nobles étrangers, y compris le prince Eugène, d'habitude mieux inspiré, affectent ■ vis-à-vis d'eux un air de supériorité méprisante; l'Empereur écarte les Grands-Officiers de la couronne et décide sans eux les questions les plus graves.

Sans doute, les privilèges du pays ne sont pas contestés en principe et son autonomie demeure intacte ; elle reçoit même une confirmation apparente par la réorganisation de la Chancellerie bohème en 1719. L'habitude s'était peu à

peu introduite d'y appeler des conseillers de la Basse- Autriche : Charles VI ordonne, « pour que la nation bohème ne soit plus à l'avenir jugée par des magistrats étrangers », que cette Chancellerie comprendra désormais deux chambres, une chambre politique et une chambre judiciaire, et il augmente le nombre des conseillers et des secrétaires. On réorganise en 1 72 1 les archives du ro3'aume.

Il est probable que ces modifications furent provoquées par les progrès mêmes de l'autorité royale qui attiraient à Vienne un grand nombre des affaires qui jusque là étaient réglées à Prague même et qu'elles coïncident ainsi avec un affaiblissement des administrations locales. « La lieutenance royale ne possède aucune autorité souveraine, écrit l'ambassadeur vénitien qui exagère un peu, mais qui est en somme exactement renseigné^ et ce corps qui n'est lumineux qu'à la surface, n'agit que par l'influence de la Chancellerie bohème. Le Grand-Burgrave fait figure de vice-roi, ... mais son autorité est surtout superficielle et ne s'attache qu'aux questions de peu d'importance. » En réalité, il importe peu et, au point de vue du droit public, ce déplacement des pouvoirs n'a aucune signification. Que les affaires relèvent de la Lieutenance ou du comte Kinsky « qui, sur chaque question, présente son rapport à la Conférence et reçoit la direction de l'Empereur », il ne s'agit jamais que d'une administration particulière du royaume dont l'indépendance théorique n'est nullement en jeu; ne serait-ce que par intérêt personnel, le Chancelier n'abandonne pas volontiers ses prérogatives et, en face des autres représentants de la volonté royale, il est le défenseur obstiné de l'autonomie de la couronne.

Il est aisé cependant de comprendre que des libertésqui n'étaient plus guère défendues que par des ambitions individuelles et qui n'avaient plus pour caution un esprit public vigilant, étaient à la merci d'un accident et d'un caprice du souverain. Il ne manque pas auprès de Charles VI de conseillers qui le sollicitent de ne pas s'arrêter dans la voie d'unification où il s'est engagé : pourquoi.

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après avoir proclamé l'indivisibilité de la monarchie, ne pas fondre, par une réorganisation administrative complète, les divers pays destinés à partager éternellement la même fortune? En s'aflVanchissant des obstacles qu'opposaient à son initiative des privilèges qui ne répondaient plus à la situation actuelle, le gouvernement central acquerrait la possibilité d'inaugurer une politique économique plus rationnelle et de sanctionner l'unité morale, — déjà assurée par le triomphe de l'Eglise, — par la solidarité des intérêts matériels.

Quelques administrateurs et quelques publicistes avaient même entrevu dès lors un vaste plan de réformes qui, appliqué avec décision à cette époque, aurait sans doute imprimé une direction nouvelle à l'histoire de l'Autriche et prévenu les difficultés qu'a créées aux Habsbourgs le réveil des diverses nationalités. Le président de la Chambre aulique, Stahrenberg, proposait de convoquer des États-Généraux, où les « simples habitants » seraient représentés, suivant le principe qui avait toujours inspiré la Maison d'Autriche, <( de gouverner le peuple sous les auspices de la liberté ». Un écrivain, dont nous ne connaissons pas le nom, mais qui était fort au courant de la situation, avait entrevu le dessein qui fut plus tard essayé, fort maladroitement, par Windischgra^tz et Schmerling : on réunirait les députés des pays autrichiens et bohèmes et l'on travaillerait les états annexés à la Hongrie pour les amener à solliciter une convocation, de manière à briser la résistance des Mag3'ars ; dans ce Parlement commun, on limiterait les privilèges des F^tats et on réformerait le droit public : les « plus sages du peuple » et les nobles ne repousseraient pas les concessions nécessaires, et l'Union récente de l'Angleterre et de l'Ecosse prouvait les avantages d'une semblable initiative '. — Le plan n'était pas chimérique : à plusieurs reprises les diètes bohèmes s'étaient montrées disposées à entrer en relation avec les délégués des autres

l, Bidermann, p. i^i.

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parties de la monarchie, et une pression habile les eCit sans grande résistance menés loin dans cette voie.

Charles VI recula devant des conceptions aussi vastes. Il préféra continuer, avec un peu plus d'énergie, la politique de son père et il se contenta de préparer à ses successeurs un règne plus facile, en usant les privilèges particularistes, en simplifiant l'administration encore très compliquée et en étendant insensiblement la compétence du gouvernement central. Cette méthode avait ses avantages; comme elle se bornait en général à enregistrer les transformations amenées par la force des choses, elle ne soulevait aucune opposition et éloignait toute chance de recul. Elle avait l'inconvénient de ne pas tenir compte des surprises possibles de l'avenir et elle laissait subsister une sorte de vide, puisqu'elle empêchait la naissance d'un patriotisme panautrichien. A certaines heures, un souverain prévoyant a le devoir de ne pas s'effrayer de quelque hardiesse ; les Habsbourgs, au début du xviii^ siècle, manquèrent le moment où une refonte complète de la monarchie aurait présenté le moins de dangers et le plus grand nombre de chances favorables.

Tant qu'aucun incident ne troublait le développement naturel de la monarchie, l'action des forces d'unification s'exerçait avec une intensité régulièrement progressive et il est incontestable que, sous le règne de Charles VI, la fusion est beaucoup plus rapide que sous son prédécesseur. Le prince Eugène, qui conserve jusqu'à sa mort, en lySG, la haute direction des affaires militaires et qui jouit d'une autorité justifiée par ses éclatants services, réussit enfin à accomplir les réformes vainement réclamées depuis MontecucuUi et c'est de lui que date vraiment l'armée autrichienne. Les longues guerres créent parmi les officiers un esprit de corps qui étouffe sans peine les souvenirs particularistes ; les soldats, mieux traités et plus suivis, retenus au régiment jusqu'à leur vieillesse, perdent tout contact avec leurs familles et ne connaissent d'autre drapeau que l'étendard du régiment; l'armée devient ce qu'elle

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n'a pas cessé d'être jusqu'à nos jours, la propriété exclusive de l'Empereur et la gardienne d'un patriotisme habsbourgeois qui supprime ou du moins rejette dans un fugitif clair-obscur les sentiments de race. Pendant longtemps, elle arrêtera la diffusion des idées nationales, leur fermera une partie des classes dirigeantes, celle dont les ressources sont les plus larges et l'influence la plus étendue, qui, par vanité et par snobisme, veut avoir la même opinion que l'aristocratie militaire et parler le même idiome.

Stahrenberg n'avait ni le crédit ni la fermeté du prince Eugène et les réformes financières furent beaucoup moins profondes '; le président de la Chambre aulique se heurta à la sourde opposition des quelques banquiers juifs, les Hirschl, les Sinzheim, les Wertheimer, les Oppenheimer surtout, qui prêtaient au Trésor à 25 et quelquefois à 40 pour 100 et qui ne tenaient pas à ce qu'on portât la lumière dans leurs lucratives opérations. Les variations incessantes de la volonté impériale, la complication et l'enchevêtrement des rouages, le peu de précision des règlements, les rivalités des anciennes admiriistrations et des directions nouvelles qu'on créait sans supprimer celles qui existaient auparavant, empêchent l'adoption d'un système vraiment rationnel, d'une comptabilité précise et claire et d'une hiérarchie régulière. En dépit pourtant des contradictions et des retours en arrière, le contrôle du pouvoir central est plus sérieux ; ses ordres, mieux obéis ; les employés, moins mal payés et surveillés de plus près, s'habituent à chercher leur mot d'ordre à Vienne; l'outillage administratif se complète et l'action du souverain s'exerce sur des domaines où il ne s'était guère encore aventuré. Les questions économiques, si négligées pendant le xvii^ siècle, préoccupent visiblement les conseillers de Charles VI, et l'État, en se réservant la haute direction des affaires commerciales et

I . Je regrette de ne pas pouvoir ici étudier avec plus de détail cette administration financière de Charles VI, qui est importante et instructive à bien des points de vue. V. en dehors des ouvrages déjà cités : Mensi, Die Fiyian- ^en Œsterreichs j -0 1- 1 ■^40, et Perthes, Polit. Ziistsende mid Personen.

industrielles, complète le cercle de ses attributions et achève de réduire à l'inaction les pouvoirs locaux, dépouillés des fonctions qui auraient dû le plus naturellement leur être réservées.

La politique économique de Charles VI a été jugée de façons très diverses. Schebeck, qui a limité ses études à l'industrie du verre, écrit un panégyrique : « la cour de Vienne examine les questions avec conscience, avec attention, sans préjugé ». Przibram, dont l'enquête a été beaucoup plus ample, est plutôt sévère : « En dépit de nombre de promesses prestigieuses et même de quelques réformes réelles, le gouvernement manqua de décision; il n'appliqua que par fragments les améliorations que lui indiquaient les spécialistes les plus éminents ; les résolutions vraiment utiles furent indéfiniment ajournées, et, quand elles furent enfin décrétées, dans les dernières années du règne, elles restèrent le plus souvent lettre morte. » Les lenteurs de l'administration, la faiblesse du souverain, l'imperfection des moyens d'action dont il disposait, les préjugés populaires et les théories erronées formaient autant d'obstacles infranchissables qui paralysèrent ou ralentirent extraordinairement le progrès de la fortune publique '.

Le jugement de Przibram me semble un peu sévère et les ministres de Charles VI eurent au moins le mérite de deviner le grand avenir industriel du ro3^aume ; leur activité, quelquefois brouillonne et souvent timide, a donné une impulsion décisive au mouvement dont on apercevait à peine les premières traces sous Léopold.

Les économistes à cette époque sont pénétrés des théories mercantiles et les livres de Hœrnigk et de Schrœder sont leurs Évangiles ". Leur but est d'obtenir une balance du commerce favorable, c'est-à-dire d'accroître l'exportation et de restreindre l'importation, de ma-

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