‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 225 sur 325 · Przibram, Das bœhm. CominerzcoUcgium, p · texte numérisé non relu

Przibram, Das bœhm. CominerzcoUcgium, p

2. Sur les doctrines du siècle, v. Roscher, dans les Hildeb. Jahrb. fûr Nationalœkonomik, 1864,6! Bidermann, Die tcchnischc Bildung in Œstçrr,

LE RÉVEIL INDUSTRIEL 44 f

nière à ce que le client étranger soit obligé de solder ses achats en or. « On ne doit permettre en aucune manière et d'aucune sorte, dit Hœrnigk, l'importation des articles que le pays peut produire en quantité suffisante et dans une qualité supportable ; on ne saurait sur ce point avoir aucune considération, aucune pitié pour l'étranger, quel qu'il soit, ami, parent ou allié aussi bien qu'ennemi. Toute amitié cesse quand elle n'aboutit qu'à m'affaiblir et à me ruiner. Et ce principe demeure vrai, même quand les produits indigènes sont inférieurs ou plus chers. Mieux vaut payer un objet deux écus, si ces écus restent dans le pays, qu'un écu qui s'en irait au dehors. » Le rôle de l'État ne se borne pas à favoriser l'essor industriel par une bonne gestion financière ou par des travaux publics intelligents, sa mission est plus complexe et plus immédiate; il doit être le collaborateur des industriels, les guider par ses instructions et ses exemples, les soutenir par une législation appropriée, les placer dans des conditions avantageuses de travail.

Charles VI, bien que la théorie d'Hœrnigk n'ait guère eu de sceptique à sa cour, ne mit aucune hâte à suivre ses conseils, et son système ne fut appliqué dans son développement intégral que par Marie-Thérèse et Joseph II. Le Conseil de commerce bohème, qui fonctionne régulièrement depuis 1724 et qui comptait plusieurs membres actifs et instruits, s'impatientait des lenteurs de la cour; ses propositions les plus raisonnables étaient enterrées dans les cartons et, après une insistance de plusieurs années, il n'obtenait ni la suppression de quelques-uns des sept cents péages qui encombraient les chemins, ni les travaux de viabilité indispensables, ni l'abolition des privilèges abusifs des villes, droits d'étape, droits de route, etc. ; la question de l'amélioration du cours de l'Elbe, capitale, et qui était à l'étude depuis un siècle, continuait à être l'objet de savants et inutiles rapports. A force d'importunité cependant, le Conseil finissait de temps en temps par secouer l'indolence du roi, et, au travers de bien des hésitations et des

retouches, le triomphe des doctrines nouvelles se dessinait.

Aucun effort pour améliorer l'agriculture; la misère des serfs n'augmente pas, parce que c'était impossible, mais leur sort ne s'améliore ^as, et cela seul suffit pour empêcher tout progrès réel. D'ailleurs, la cour tient à ce que les céréales restent à bas prix pour que les ouvriers se contentent d'un salaire modique et que le prix de revient des produits manufacturés soit aussi faible que possible.

Les faveurs du pouvoir vont à l'industrie. Les ministres n'ont pas d'illusion sur la bourgeoisie, timide, ignorante, encroûtée dans ses préjugés; « les pères n'envoient à l'atelier que les plus bornés de leurs enfants ; si l'un d'eux fait preuve de quelque qualité naturelle, il faut en faire un docteur ou un maître! » Dès qu'un commerçant a quelques écus, il ne songe qu'à se décrasser, abandonne sa profession^ se glisse dans la noblesse ou l'administration. La foule des artisans se contente de gains minimes, sans autre souci que d'écarter la concurrence par des règlements absurdes. Les corporations ne sont plus que des coteries où s'embusquent les maîtres pour molester les étrangers ou les apprentis '. Toute innovation est suspecte et illégale ; les privilèges respectifs des divers métiers soulèvent des querelles perpétuelles et des procès interminables ; l'instruction professionnelle est nulle et l'habileté de main « n'est plus qu'une légende, parce que les patrons repoussent systématiquement les ouvriers habiles et capables », Les abus étaient si profonds que les tentatives de réformes partielles paraissaient condamnées à un échec fatal; il fallait « couper le mal par la racine ' «, supprimer les corporations. Charles VI, sans aller jusque-là, s'efforça du moins de remédier aux plus graves inconvénients par les ordonnances générales de lySi et de 1739.

Précises, claires, assez libérales, elles marquent un effort

1. Adamck, Les statuts des corporations au xvir et au xviii" siècles, dans les Comptes-rendus de la Société des sciences, 1899, p. 1 1-12*

2. Reschaucr, Gescli. des Kampfes der Haitdwerker^iinfte uud der Kaufmannsgrcmien mit der œst. Bureaukvatic, p. 4.

réel pour briser le despotisme des anciens métiers et assurer à l'État la haute main sur le mouvement industriel ; elles auraient eu une influence heureuse si elles avaient été sérieusement appliquées. Mais les corporations n'abandonnèrent pas aisément leurs privilèges et, servies par la complaisance ou la faiblesse des autorités municipales, elles engagèrent contre les décrets royaux une lutte sourde et persévérante où elles furent souvent victorieuses. Le gouvernement n'apporta pas beaucoup de vigueur à l'exécution de ses édits, parce qu'il s'intéressait surtout à la grande industrie qui commençait à naître et aux fabriques qui, sous sa protection directe et quelquefois avec son concours financier, se constituaient en dehors des cadres consacrés. Sa politique commerciale était exclusivement déterminée par le désir de faciliter leur développement, et le tarif général de douanes, qui fut enfin promulgué en 1787, ne s'inspire plus de considérations purement fiscales, comme celui de 1657, mais a pour but de défendre la production nationale contre la concurrence étrangère. Les membres les plus éclairés du Conseil de commerce de Prague avaient demandé que l'on rompît avec un système de protection à outrance et que l'on formât des diverses parties de la monarchie, « de même qu'à tous les autres points de vue, un corps et un organisme au point de vue de la douane et de l'impôt ». Ce désir prouve certainement un état industriel assez avancé, parce que les intérêts, toujours très timides, n'acceptent l'idée de la lutte que quand ils se croient en mesure de la soutenir avec avantage. La minorité du Conseil, pour appuyer ses théories libérales, faisait remarquer qu'en 1782 le royaume avait exporté près de 4 millions et demi de florins, c'est-à-dire environ 1,200,000 florins de plus qu'il n'avait importé, et il ajoutait qu'il n'y avait pas beaucoup de pays en Europe où la balance du commerce fût aussi favorable; encore les tableaux des douanes ne donnaient-ils qu'une idée fort incomplète de l'activité réelle. D'autres faits corroborent l'argumentation des conseillers de commerce : le

nombre des seigneurs qui comprenaient l'avantage que leur oifrait l'établissement de manufactures, augmentait ; les procédés se perfectionnaient; des ouvriers, appelés du dehors, introduisaient des habitudes supérieures, les matières premières s'amélioraient.

Ce mouvement industriel, qui n'était encore qu'à ses débuts, conservait malheureusement trop souvent un caractère artificiel et l'intervention abusive de l'État enrichissait surtout un petit groupe de privilégiés.

Les fabricants, dont beaucoup étaient d'origine étrangère, vivaient de la protection de la cour, et un décret de Vienne pouvait les enrichir ou les ruiner; ils demeurèrent indifférents aux destinées du pa3's au milieu duquel ils étaient campés et aucun patriotisme national ne naquit parmi eux; à la noblesse, oublieuse des traditions slaves, s'ajouta une nouvelle caste, dédaigneuse et hostile qui jeta dans la balance le poids de ses richesses et de ses relations. Les conditions géographiques amenèrent la localisation de la grande industrie dans la région montagneuse du nord-est, du nord et de l'ouest, autour de Trautenau, de Reichenberg, de Roumbourg, sur les versants des Monts Métalliques et dans les environs d'Eger, c'est-à-dire dans les districts peuplés par les Allemands : l'inimitié séculaire des deux races s'aggrava dès lors des contrastes économiques, et les régions industrielles, dépendant de l'étranger par les fluctuations du marché européen ou les variations de la mode, n'eurent plus conscience des intérêts communs qui les rattachaient au reste du royaume. On a souvent opposé les tendances libérales des ouvriers du nord aux sentiments conservateurs des centres tchèques, demeurés longtemps exclusivement agricoles. En réalité, les Tchèques ne sont en rien moins épris de liberté que les Allemands ; seulement, les deux groupes, avec le même désir et le même besoin de réformes, les attendirent de méthodes différentes. Les Slaves, chez lesquels survivait obscurément le culte des ancêtres, \irent dans le rétablissement de l'indépendance de la couronne la condi-

tion du progrès, tandis que les industriels allemands • aperçurent dans cette restauration de l'autonomie une menace et une diminution. Des maux nombreux que le despotisme des Habsbourgs a légués au pays, cette scission morale est sans doute le plus grave. Ils avaient sous une autre forme commis la même erreur que les Przémyslides et ils ont durement expié depuis leur imprévoyance. Par une cruelle ironie, de tous les actes de Charles VI, les plus funestes pour la dynastie et le pays furent justement ceux qui s'inspiraient des meilleures intentions, et ses réformes économiques créèrent un péril infiniment plus sérieux que les dissidences religieuses qu'il avait si impitoyablement combattues.

Pour le moment, le réveil industriel avait l'avantage de multiplier les relations avec l'étranger, et, bien que l'influence des idées nouvelles fût au début défavorable à la tradition nationale, elles étaient la condition nécessaire du relèvement futur. Dans cette prison où un peuple mourait lentement d'asphyxie, il fallait à tout risque faire pénétrer de l'air respirable; le résultat montrerait si le malade était définitivement condamné. Le propre des causes qu'attend la victoire, c'est qu'elles puisent une force nouvelle dans les événements les plus funestes en apparence ; le progrès des influences germaniques au xviii" siècle rendit ainsi une vigueur imprévue à la race tchèque, et la philosophie française, rationaliste et cosmopolite, réveilla en elle le patriotisme à demi disparu.

Dès le milieu du xvii^ siècle, les Jésuites insinuaient que le cardinal Harrach ou ses inspirateurs étaient suspects de Jansénisme, sans que nous sachions de quels faits précis s'étayaient leurs soupçons. Au début du xv!!!*" siècle, quand, après une longue période de guerre, les relations avec la France deviennent plus fréquentes, les voyageurs en rapportent, sinon des idées très précises et un système déterminé, du moins l'ennui du régime d'oppression impitoyable sous lequel les persécuteurs ont courbé le pays. Autour de Charles VI, une petite coterie défend timi-

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dément une politique de réformes libérales : Montesquieu, arrivant à Vienne en 1728, y est accueilli avec une sympathie qui lui laisse une longue reconnaissance; on lui montre des livres, médiocres, mais d'inspiration assez hardie ; la plupart de ces frondeurs viennois n'ont que des aspirations très vagues et leur érudition est courte : assez savant pour l'être en Autriche, dit encore Montesquieu avec quelque dédain. — Un nom à demi légendaire, celui du comte Sporck (i 662-1 738), résume en Bohème cette école d'hommes de bonne volonté, dont la pensée est indécise et le programme tlottant, mais dont les espoirs tâtonnants suffisent h inquiéter l'Église.

Le roman s'est emparé de sa vie, et il n'est pas toujours aisé de trouver un fonds solide au milieu des fables accumulées. Son* père, dit-on, après avoir gardé les cochons pendant sa jeunesse, était entré au service de Léopold ; il avait pris une part glorieuse aux guerres contre les Turcs et avait entre temps assez bien fait ses propres affaires, puisqu'il avait acheté pour plus de 600,000 florins de terres en Bohême. Cette fortune, si rapide, avait attiré l'attention sur lui. Le jeune François- Antoine Sporck voA'agea beaucoup, séjourna en Angleterre, dans les Pays-Bas, en France ; il avait l'esprit curieux, lisait beaucoup, Pascal en particulier et les écrivains jansénistes '. Je ne saurais cependant reconnaître en lui un véritable disciple de Port-Royal, sa doctrine est trop éclectique et sa foi trop flottante. Très fastueux, il était aussi très généreux, traitait ses paysans avec douceur; il avait fondé dans son château une imprimerie d'où sortaient des livres d'édification qu'il répandait par milliers autour de lui. Intention louable et zèle peu éclairé : ces discussions pédantesques et ces traités dogmatiques n'étaient guère compris des paysans, qui d'ailleurs ne savaient pas l'allemand -. Les Jésuites s'alarmèrent de l'activité du comte :

1. Sa Réfutation des Athées, Déistes et nouveaux sceptiques (1712), n'est qu'une adaptation du grand apologiste chrétien. — Vltchek, p. 126.

2. Quelques historiens tchèques ont prêté à Sporck des arrière-pensées

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ils avaient eu avec lui des difficultés de mur mitoyen et ils avaient sur le cœur les plaisanteries de mauvais goût qu'il leur avait décochées; beaucoup de nobles, jaloux de ses richesses, le soupçonnaient de n'avoir pour la dynastie qu'un dévouement assez tiède. En 1729, l'évêque de Kralové-Hradets ordonna une enquête; un escadron de cuirassiers cerna son château, et Koniach fut chargé d'examiner ses livres. L'affaire n'eut pas de suites et la renommée affirme que Sporck se réconcilia avec les Jésuites, Il n'y avait pas évidemment dans cet agité, qui tient le milieu entre l'illuminé et l'aventurier, l'étoffe d'un réformateur et d'un martjT. Nous éprouvons cependant quelque sympathie pour ce grand seigneur qui s'était affranchi des préjugés de sa caste et qui un des premiers apporta en Bohème les idées de liberté et de tolérance de nos philosophes.

Sous une forme différente, leur enseignement se rapprochait sur beaucoup de points des doctrines de l'Unité des Frères, et Sporck, en parcourant la Hollande et l'Angleterre, 3^ avait rencontré à chaque pas les traces de Comenius. La propagande étrangère était ainsi préparée et facilitée en Bohème par des souvenirs que l'Église n'avait jamais complètement abolis. Les Jésuites avaient lassé beaucoup de seigneurs par leurs tracasseries, et les courtisans, habitués à Vienne à une certaine franchise d'allures, refusaient d'accepter plus longtemps leur tutelle. La deuxième édition de l'Index des livres prohibés contient 77 ouvrages français qui doivent être détruits; encore ne représententils sans doute qu'une partie des ouvrages suspects qui étaient répandus dans l'aristocratie. Quand les censeurs exigeaient qu'on les leur livrât, ils étaient assez mal accueillis: « infatués de leur naissance, de leurs titres et de leur rang, les nobles inventaient des exceptions extraordinaires qui n'ont aucun sens devant Dieu. Ils se déclaraient

suspectes et lui reprochent d'avoir favorisé l'allemand au détriment du tchèque. — Il obéissait simplement à une nécessité, fâcheuse sans doute, mais inéluctable; la renaissance nationale ne pouvait commencer que par l'allemand, de même que les écrivains les plus originaux débutent toujours par l'imitation.

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