LES FRANCS-MAÇONS
assez intelligents pour distinguer le bon grain de l'ivraie et, dans leur outrecuidant orgueil, ils s'attribuaient ainsi l'office d'un juge spirituel ».
Sporck recruta parmi ces libertins les membres de la première loge maçonnique qui fut fondée à Prague, en 1726. Ici encore, son initiative se rattachait à Comenius : la Franc-Maçonnerie ne s'inspirait-elle pas, en effet, des idées « pansophiques » qui résument l'inspiration des dernières années du grand évêque des Frères? En 1667, dans sa Panégersie, il invitait l'humanité à se réunir pour élever au Prototype éternel de la Justice et de l'Am.our un nouveau temple de Salomon où les peuples oublieraient leurs haines, les sectes leurs rancunes, les écoles leurs vanités, et réaliseraient l'œuvre de progrès infini et de paix que le créateur du monde propose à ses créatures. Quand, en 17 17, le célèbre théologien Jacques Anderson rédigea les statuts définitifs qui ont servi de fondemènTlr ~Ta Franc-maçonnerie, il emprunta textuellement à la Panégersie ses principes essentiels. Par une remarquable coïn- , cidence, au moment où Zinzendorf restaurait en Allemagne l'Unité des Frères, elle renaissait à Prague sous une forme mieux appropriée aux besoins modernes et à l'esprit du siècle \
La loge desTrois-Etoiles, la plus ancienne de l'Autriche, réunissait avec quelques lettrés et quelques négociants de Prague, des représentants des plus illustres familles du royaume, un comte Vrbna, un comte Martinits; Sporck fut remplacé à la tête de la Loge, quand il donna sa démission en 1735, par le comte Paradis, le capitaine de la Nouvelle-Ville de Prague. Ainsi, vers 1730, un parti commençait à se constituer en Bohème, qui désirait qu'on en finît avec des habitudes séculaires d'intolérance et de fanatisme.
Le règne de Charles VI marque le moment du triomphe le plus complet du despotisme catholique et, par une con-
I. Svatek, Tableaux de l'histoire de la civilisation en RohOmc, II, p. 2G2.