‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 230 sur 325 · PERTE DE LA SILÉSIE · texte numérisé non relu

PERTE DE LA SILÉSIE

biographes officiels, une vraie bourgeoise allemande du xviii" siècle; ménagère entendue et appliquée, épouse sentimentale, elle épuisait ses ardeurs dans le mariage et son imagination placide ne s'égara jamais à des rêves interdits. Son esprit était un peu court et sa morale, vulgaire ; sa piété, étroite et sa conception du monde, assez terre à terre. Elle aimait les chemins battus et ne se sentait tranquille que quand elle ne s'écartait pas des traditions; elle était incapable d'avoir une idée originale et toute sa vie elle eut besoin d'un directeur. François de Lorraine, son mari, médiocre et léger, n'avait aucune des qualités nécessaires pour ce rôle d'inspirateur et de guide. Comme elle avait l'intelligence claire, elle l'eut vite jugé et, sans lui retirer son affection, l'éloigna des affaires. Les ministres, à qui elle demanda dès lors les règles de son gouvernement, la menèrent souvent par des chemins qui lui plaisaient peu : elle s'effraj^ait, pleurait, puis, élève docile, se laissait convaincre. Elle n'était pas capricieuse, et sa constance leur permit d'accomplir des réformes importantes, en môme temps que ses résistances les préservaient des exagérations qui compromirent plus tard l'œuvre de Joseph IL Mais ces exagérations, elles n'étaient que la conséquence du système qu'elle avait adopté et elle a sa large part de responsabilité dans les difficultés contre lesquelles se débat aujourd'hui l'Autriche et qui ont toutes pour origine la substitution d'un régime de centralisation au fédéralisme historique.

La situation que Charles VI léguait à sa fille était des plus difficiles. L'armée, de 200,000 hommes sur le papier, s'élevait à 5o,ooo fantassins et 10,000 cavaliers, très éprouvée par les récents désastres de la guerre turque ; la Bohême était gardée par 600 hommes et la Silésie par i,5oo; certains régiments n'avaient pas reçu de solde depuis un an. L'absence de bonnes routes retardait l'arrivée des renforts nécessaires. Les autorités locales défendaient hargneusement leurs prérogatives : les régiments hongrois envoyés en Silésie étaient arrêtés à la frontière par une commission de la province qui n'autorisait leur marche que sous cer-

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