‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 231 sur 325 · PERTE DE LA SILÉSIE · texte numérisé non relu

PERTE DE LA SILÉSIE

taines conditions, réglait les étapes, fixait les quartiers. Breslau a conservé le privilège de ne pas recevoir de garnison impériale : quand le général Neipperg lui demande de laisser pénétrer dans ses murs quelques régiments, elle refuse. Les populations se défient du souverain, qui ne s'est jamais montré à eux que comme un maître exigeant et implacable ; même l'invasion ne les groupe pas autour de lui.

En Silésie, en particulier, les protestants sont habitués à regarder les Hohenzollern comme leurs défenseurs. Si le traité d'Altranstadt a mis fin à la persécution publique et aux vexations continuelles du clergé, l'intervention de la cour dans l'administration intérieure des églises luthériennes, les missions bru3'antes des Jésuites, les intrigues sournoises des autorités locales, fomentent parmi les dissidents une irritation qu'exploitent les émissaires prussiens. Les États de la province ont été réduits à une complète insignifiance et les exigences du fisc irritent les seigneurs et exaspèrent le peuple. Les industriels et les commerçants se plaignent du peu de protection que leur accorde le pouvoir. A aucune époque, les griefs ne manquent aux populations; ici, ils ne sont pas compensés parle souvenir des services rendus. Aussi, nulle part l'invasion ne rencontre de résistance sérieuse; Breslau, sans discussion, accepte une garnison prussienne, pour assurer sa neutralité ! — La défaite de Neipperg à Molwitz acheva la conquête de la Silésie (10 avril 1741) : Frédéric avait pris la fuite au commencement du combat, emporté par la déroute d'une aile de son armée; ce fut le début de sa gloire militaire.

Du coup, le cardinal Fleury, qui avait jusqu'alors contenu le parti belliqueux, oublia ses scrupules, et, au mois de juin, la Prusse, la Bavière, la Saxe, l'Espagne et la France formèrent une coalition formidable : la Bavière recevrait le Tyrol, la Haute-Autriche et la Bohême ; la Saxe, la Moravie et la Haute-Silésie; la Prusse, le comté de Glatz et la Basse-Silésie. Arrangements enfantins qui ne tenaient aucun compte des traditions historiques, des

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convenances populaires et des conditions géographiques. Chacun taillait au hasard de ses fantaisies momentanées, Ce qu'il y a de plus odieux dans le guet-apens machiné contre Marie-Thérèse, c'est moins la mauvaise foi de ses adversaires que la futilité de leurs ambitions et la mollesse de leurs désirs. La France, dans cette algarade, dépassa les bornes du ridicule et elle mérita largement ses mésaventures. Fleury était d'autant plus tenu de respecter la Pragmatique qu'il avait reçu la Lorraine pour prix de sa garantie; il était libre, si le prix lui paraissait insuffisant, de réclamer une indemnité supplémentaire et, bien que le procédé fût peu glorieux, l'histoire le lui eût aisément pardonné, s'il avait réussi. Il était en revanche inexcusable de se compromettre pour des alliés tels que les Wittelsbach, dont il était impossible qu'il ne connût pas l'incapacité absolue, et d'épuiser les forces du pays à poursuivre une combinaison politique fantaisiste, qui n'avait aucune chance de succès parce qu'elle était aussi contraire à la logique qu'aux intérêts des peuples. Les opérations militaires furent conduites à l'avenant. L'histoire ne conserve plus de cette guerre de la Succession d'Autriche que le souvenir de quelques épisodes glorieux, le hardi coup de main de Chevert à Prague ou la victoire de Fontenoy : ces exploits isolés nous dissimulent la réalité des choses, le décousu des opérations, la nullité du commandement général, l'absence de sérieux surtout et la décadence de l'esprit patriotique et militaire.

Les prétentions des Wittelsbach sur la Bohème étaient fort anciennes. En 1440, Albert le Pieux avait été candidat contre le fils posthume de l'Empereur Albert II et, en 1 526, Guillaume de Bavière avait disputé le trône à Ferdinand P""; un autre duc de Bavière avait épousé la fille de ce même Ferdinand, et le mariage de Charles-Albert avec la fille de Joseph I" avait rendu quelque jeunesse à ces ambitions poussiéreuses. On affirme que, depuis deux siècles, les ducs de Bavière faisaient apprendre le tchèque à leurs fils et ils gardaient précieusement dans le trésor de Munich la cou-

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ronne qui avait été fondue pour TÉlecteur palatin, Frédéric V, et qui, après la Montagne-Blanche, était tombée entre les mains de Maximilien. Elle eût peut-être dij leur rappeler que. s'il n'était pas extrêmement difficile d'occuper Prague, il était moins aisé de s'y maintenir. Mais les Wittelsbach, sauf de rares exceptions, ont toujours été dupes d'une imagination frivole et incohérente, et ils n'ont jamais compris que les grands desseins ont besoin d'être préparés et mûris. Après un Frédéric V, un Charles- Albert ! Il y avait de quoi décourager les agités qui songeaient encore à se débarrasser des Habsbourgs.

L'Électeur ne commença les hostilités qu'à la fin de juillet 1741 ; il n'était plus qu'à quelques journées de Vienne et la ville était en grand péril, quand, brusquement, inquiet de l'attitude des Saxons et de Frédéric II, il tourna vers le Nord et entra en Bohême. Comme ses troupes observaient une assez bonne discipline, les habitants ne firent rien pour les arrêter et, le 20 novembre 1741, il arriva sous les murs de Prague, où il prit contact avec l'armée saxonne. Les envahisseurs, malgré leurs succès et les 70,000 hommes dont ils disposaient, n'étaient pas très rassurés : l'Electeur, frivole, léger, n'avait ni talent militaire, ni autorité; les Bavarois se défiaient des Saxons, et les Français les englobaient les uns et les autres dans le même dédain; Frédéric II, pressé de mettre son butin en sûreté, venait de signer la trêve de Klein-Schnellendorf (9 octobre), prélude d'une défection plus complète; l'Angleterre envoyait des subsides à Marie-Thérèse, et les régiments qu'avaient votés les Magyars après d'assez longues hésitations (septembre), commençaient à s'organiser. L'armée de François de Lorraine n'était plus qu'à une dizaine de lieues; si Charles-Albert était obligé d'accepter la bataille avec sur ses derrières une place ennemie, sa situation devenait délicate. Il fut sauvé par la lenteur des Autrichiens et la hardiesse de quelques officiers français.

La ville n'était guère en état de résister à un siège en

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