‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 232 sur 325 · ESCALADE DE PRAGUE · texte numérisé non relu

ESCALADE DE PRAGUE

règle ^ : les 3, 000 soldats de la garnison, « presque tous invalides, étaient incapables de défendre des murailles peu élevées et d'une grande lieue et demie de circuit » ; la garde bourgeoise, forte d'environ 12,000 hommes, et les 600 volontaires qu'on avait recrutés parmi les étudiants, témoignaient peu d'enthousiasme; beaucoup de fonctionnaires avaient pris la fuite, les moines cachaient leurs trésors, les Bénédictins de Strahov muraient les reliques de saint Norbert et les remplaçaient par de vulgaires ossements ; des émissaires bavarois rappelaient les lourdes exigences du fisc impérial et étaient écoutés sans défaveur ". Bien que l'Électeur fût très exactement renseigné par ses espions, le général saxon Rutovsky et Maurice de Saxe ne le décidèrent pas sans peine à tenter l'escalade; après 3^^ avoir consenti, il fut repris par ses indécisions, décommanda l'attaque et n'abandonna ses objections que lorsque Rutovsky eut déclaré qu'il était résolu à passer outre et à attaquer seul, s'il le fallait. « Cette variation de l'Électeur fut peut-être la véritable cause du succès » : Maurice de Saxe, d'après le plan primitif, devait traverser la Vltava en amont de la ville, longer les remparts, et, s'il trouvait un point favorable, essayer de pénétrer dans la Nouvelle-Ville, pendant que les Saxons attaqueraient le Petit-Côté, sur la rive gauche de la rivière. Il avait déjà commencé son mouvement quand les hésitations de l'Électeur le ramenèrent en arrière; sa retraite fut signalée à d'Ogilvy, le commandant de la place, et la surveillance se relâcha. Lorsque Maurice revint ensuite sur la rive droite, vers sept heures du soir, il était nuit

!. Maurice de Saxe a raconté l'escalade de Prague dans une lettre au chevalier Folard (Revue des Deux-Mondes, 1864, août). — M. Pierre, licencié es lettres, dans un travail présenté à la Faculté des Lettres de Paris, a signalé deux autres relations, l'une de Chevert et l'autre, anonyme, d'un témoin oculaire (Dépôt général de la guerre. Archives historiques. Supplément XV, 1741-1742). Sur les points essentiels, les textes s'accordent.

2. « Un assez grand nombre de gens (non pauci) détestaient la maison d'Autriche à cause de ses exactions continuelles pendant les dernières années, exactions devenues presque insupportables. » Annales de Strahov, Cité par Webcr, iSgS, p. i3.

Page 1