‹ La Bohême depuis la Montagne-BlancheChapitre 234 sur 325 · LE ROI CHARLES -ALBERT · texte numérisé non relu

LE ROI CHARLES -ALBERT

moment où ils rencontrèrent une porte qu'ils ouvrirent. Maurice de Saxe arriva sans difficulté sérieuse jusqu'au pont de Charles, qui avait été barricadé; l'officier refusa de se rendre; il fut pris entre deux feux par l'arrivée des Saxons qui, grâce au désordre provoqué par l'audacieuse manœuvre de Chevert, avaient de leur côté forcé les remparts et repoussé les quelques centaines de soldats qu'on leur opposait, Maurice se rendit chez le maréchal d'Ogilvy, qui s'était constitué prisonnier; il y fut bientôt rejoint par ses trois frères consanguins, tous comme lui fils naturels d'Auguste de Saxe : Canaille, leur dit-il, je vous ferai toujours voir que je suis votre aîné. Il avait été plus adroit et plus heureux que son grand-père maternel, le comte de Kœnigsmark, en 1648.

Le coup de main de Maurice avait sauvé les alliés d'un désastre, il ne décidait pas grand'chose. Me voilà roi de Bohême, lui disait l'Électeur, comme vous êtes duc de Courlande. — Évidemment, il ne croyait guère à sa fortune, ne considérait son succès que comme un expédient, non comme le point de départ d'une action politique qui, en groupant autour de lui une partie de la nation, donnerait à son occupation une base solide. Pour être juste, il convient d'ajouter qu'il n'était pas facile de réveiller des âmes abruties par un siècle de despotisme; les souvenirs de l'indépendance s'étaient singulièrement effacés, les quelques nobles qui se prononcèrent pour l'Électeur n'obéirent qu'aux considérations les plus mesquines et ils avaient trop peu de surface pour que leur exemple fût contagieux. L'immense majorité assista aux événements sans autre souci que de ne pas se compromettre.

La ville avait très peu souffert, et Chevert, nommé commandant de la place, réussit vite à réprimer les désordres qui se produisirent les premiers jours : « personne, écrivait très justement Belle-Isle, n'était plus propre à remplir un poste de cette importance : car, avec la dignité et un maintien convenable, le roi n'a pas d'officier de sa troupe plus capable d'un grand détail, » Le gouvernement s'orga-

nisa assez facilement. Le 19 décembre 1741, les États prêtèrent solennellement serment à Charles-Albert, roi de Bohême. La cérémonie ne réussit pas mal; l'archevêque, le comte Manderscheid, était revenu; les nobles étaient assez nombreux, 206 seigneurs sur 5oo environ et 280 chevaliers sur 700. La proportion n'était pas décourageante ; les plus illustres familles étaient représentées, les Kolovrat, les Mansfeld, les Buquoy, les Nostits, les Waldstein et bien d'autres; le Grand-Burgrave, le comte Chafgotch, demandait à Marie-Thérèse l'autorisation de prêter serment au nouveau roi, au moins par correspondance, de peur que ses terres ne fussent ravagées. Beaucoup d'autres s'excusèrent auprès de l'Électeur, sollicitèrent un délai : évidemment, si la fortune s'était prononcée pour lui, l'aristocratie se serait bien vite réconciliée avec les vain queurs. Charles-Albert partit presque aussitôt pour Francfort où il allait briguer la couronne impériale, laissant la diète s'arranger avec les généraux français et en particulier avec M. de Séchelles ', l'intendant général.

Ainsi qu'il nous apparaît dans ses papiers, Séchelles était un remarquable représentant de la bureaucratie française, telle que l'avait façonnée Colbert ; ponctuel, exact, d'une probité qui n'a pas été soupçonnée, très laborieux, il avait l'esprit clair et méthodique, et il se mit très vite au courant de la situation. Ses qualités, qui n'étaient pas précisément celles qui étaient le plus répandues dans l'administration autrichienne, le disposaient mal à traiter avec les États ; il n'était pas incapable de pitié et il n'eût pas mieux demandé que d'adoucir les charges des populations, mais il était bien obligé de subvenir aux besoins de l'armée, et les finasseries des seigneurs l'agaçaient; il paraît d'ailleurs avoir tenu en assez médiocre estime cette aristocratie

I. L'occupation française à Prague a été étudiée par Weber, dans les Mitth. des Ver. f. Gesch. der Deutschen, 1895. — J'ai consulté pour cette période les papiers d'Antoine Moreau de Séchelles, 9 vol., Biblioth. nationale, Nouv. acquisit. franc. 525 1-5259. ^^ ^^ P^'^ malheureusement donner dans un ouvrage de la nature de celui-ci qu'un résume très sommaire des événements.

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