LE SIÈGE DE PRAGUE
ciers ; avec cela, du pain blanc et une bouteille de vin que la ville leur fournit tous les jours '. »
Les dernières semaines furent plus dures, et les civils, comme toujours en temps de siège, souffrirent davantage. — Pas tous : le 2 1 août, les Prémontrés de Strahov ont encore de la viande fraîche, des légumes, du beurre ; seul le poisson fait défaut ; le maigre canonique s'en ressent. Les riches se tiraient d'affaire tant bien que mal : certains articles manquaient au marché, la plupart des marchandises avaient triplé de valeur; malgré tout on eut peur de la disette plus qu'on ne connut réellement la faim. Les plus malheureux furent les artisans, les petits bourgeois : « Beaucoup avaient à peine des légumes et du pain, écrit le chroniqueur qui met d'ailleurs les choses au pire, et quel pain! on eût dit de la terre noire; les pauvres se nourrissaient de chevaux crevés ou d'autres aliments de rebut ; beaucoup mouraient complètement de faim. » Les Français faisaient de leur mieux pour atténuer ces misères : « On doit leur rendre cette justice, écrit l'historien Peltzel, qu'ils se défendirent avec une vaillance inattendue; ils avaient conservé une exacte discipline et s'étaient comportés vis-à-vis des habitants avec beaucoup de douceur; on voyait souvent des soldats partager leur pain avec les femmes et les enfants. Ils payaient tout comptant au marché, et le prix qu'on voulait... Beaucoup de gens à Prague sont devenus riches. »
Il n'est pas très aisé de se retrouver au milieu de ces renseignements contradictoires. En somme, il paraît vraisemblable que les Français n'imposèrent aux habitants que le minimum des charges que comporte l'état de siège, ce qui ne veut pas dire que les Praguois n'eurent pas des motifs très réels de plainte. L'administration militaire n'était pas cruelle, elle était tracassière et négligente : l'abattoir aux chevaux était un horrible cloaque d'où des odeurs pestilentielles se répandaient sur la ville; les ordures débordaient des casernes dans les rues; les réqui-